Depuis le début de l’année 2025, la République Démocratique du Congo (RDC) est confrontée à une crise sécuritaire et humanitaire profonde dans sa partie Est, notamment dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu. Cette instabilité est alimentée par la présence et le contrôle de groupes armés nationaux et étrangers tels que l’AFC/M23, les Wazalendo, ainsi que les forces gouvernementales des FARDC. Le M23 contrôle désormais une grande partie de ces provinces, y compris les villes stratégiques de Goma et Bukavu, et affronte régulièrement les FARDC et leurs alliés.
Ce climat de conflit a entraîné une intensification des menaces et des violations ciblant les défenseurs des droits humains (DDH), qui jouent pourtant un rôle essentiel dans la protection des civils, la documentation des abus et l’accompagnement des survivantes de violences sexuelles. Leur capacité à poursuivre leur mission sur le terrain est gravement compromise.
Constats issus de la recherche participative
Une étude menée en juillet 2025 par la Caritas Bukavu dans les villes de Goma et de Bukavu sur la protection des acteurs de la société civile (les DDH, femmes activistes, avocats, journalistes, personnels soignants et travailleurs humanitaires) dans les provinces du Nord et Sud-Kivu en période de conflits armés, couvrant la période de janvier à juin, révèle des faits préoccupants :
De nombreux acteurs de la société civile défenseurs des droits humains, femmes activistes, avocats, journalistes, personnels soignants et travailleurs humanitaires ont été contraints de fuir ou de se cacher par crainte de représailles. Les journalistes ont vu leurs équipements confisqués et les médias locaux ont été censurés par le M23. Les acteurs de la société civile sont systématiquement ciblés par les groupes armés et parfois par les forces gouvernementales.
Les Wazalendo ont érigé des barrages routiers dans les zones qu’ils contrôlent, imposant des fouilles systématiques et des paiements forcés, y compris aux humanitaires. Des soignants ont été enlevés ou retenus dans des structures sanitaires, avec des demandes de rançon pour leur libération. Des cabinets d’avocats ont été fermés, tandis que les bureaux et domiciles de défenseurs des droits humains ont été perquisitionnés.
Dans ce contexte de crise, les DDH, femmes activistes, avocats, journalistes et personnels soignants subissent des violations graves : violences sexuelles, disparitions forcées, détentions arbitraires, actes de torture, menaces de mort, harcèlement, enlèvements suivis de rançons et même des meurtres. Le M23 interdit la diffusion d’informations gouvernementales et les débats publics, isolant davantage les communautés et limitant leur droit à l’information.
La mise en place du « système des dix maisons » par le M23, visant à surveiller les déplacements des habitants, a instauré un climat de peur et de méfiance généralisée. Les femmes défenseuses sont particulièrement vulnérables, notamment celles engagées dans les domaines fonciers, environnementaux ou de consolidation de la paix. Plusieurs défenseurs des droits humains sont traumatisés, certains ont dû cesser leurs activités ou travailler dans la clandestinité.
Malgré ces risques et restrictions, les acteurs de la société civile font preuve d’une remarquable résilience. Ils développent des stratégies d’adaptation et de mitigation pour poursuivre leur mission, tout en assurant leur sécurité individuelle, organisationnelle et celle des communautés qu’ils soutiennent.
Principales stratégies adoptées :
La délocalisation a été décidée pour certains membres des OSCs de défense des droits humains dont la vie était menacée ou qui subissaient des pressions répétitives sur leur sécurité. Les bureaux et les équipes ont également été déplacés. Certains défenseurs des droits humains ont adopté des stratégies de travail dans l’anonymat et la discrétion, réduisant la fréquence de leurs descentes dans les zones jugées à risque. D’autres ont choisi un profil bas et poursuivent leurs activités en toute discrétion.
Des plans d’urgence et de contingence ont été mis en place, tandis que la sécurité des domiciles et des bureaux a été renforcée par des clôtures, des chiens de garde et des caméras. Les locaux ont été aménagés avec plusieurs issues de secours pour faciliter l’évacuation en cas de danger. Enfin, des points focaux sécurité ont été désignés afin d’assurer des vérifications régulières et de maintenir une vigilance constante.
Adaptation des méthodes de travail
Les membres des OSCs du Sud-Kivu ont renforcé leur collaboration en multipliant les actions d’alliance et de réseautage afin de fédérer leurs efforts en cette période de crise. Ils ont organisé des missions conjointes de terrain, coordonné leurs actions, triangulé et partagé les informations en temps réel. Dans le même esprit, les missions et fréquences sur le terrain ont été réduites, le suivi se faisant désormais à distance.
Pour assurer une meilleure remontée des données, des points focaux ont été constitués sur le terrain afin de documenter et rapporter quotidiennement les informations. Les horaires de sortie ont été strictement réglementés et certaines activités ont été suspendues dans les zones jugées à haut risque. Les réunions en présentiel se tiennent uniquement dans des lieux sécurisés, tandis que le travail en réseau et en synergie avec d’autres acteurs reste privilégié. Les dispositifs sécuritaires ont été renforcés dans les bureaux et domiciles des défenseurs des droits humains et des journalistes. Enfin, le télétravail est désormais favorisé afin de minimiser les impacts des menaces sécuritaires qui persistent sur le terrain.
Gestion de l’information et communication
Les acteurs ont renforcé le partage d’informations en temps réel, tout en mettant en place des mécanismes de codification et de sécurisation des documents sensibles. La roue de sécurité est régulièrement mise à jour afin d’adapter les pratiques aux menaces évolutives. Des numéros d’urgence ont été instaurés pour certains membres disposant des capacités nécessaires, permettant une réaction rapide en cas de danger.
La documentation des cas de violations se fait désormais de manière accélérée, avec une attention particulière portée à la triangulation et à la vérification des informations collectées pour garantir leur fiabilité.
Renforcement des capacités et coordination
Les acteurs ont procédé à une analyse des capacités des acteurs clés et àl’identification des zones d’influence. Ils ont organisé des formations sur les codes de conduite sécuritaire afin de renforcer les pratiques de protection. La collaboration avec les services publics s’est faite dans le strict respect des principes d’indépendance, d’impartialité et de neutralité qui caractérisent les acteurs humanitaires et de la société civile.
Dans le même cadre, des plans de protection communautaire ont été élaborés pour les victimes, afin d’assurer une réponse plus structurée et adaptée aux menaces. Ces stratégies et comportements illustrent la détermination des organisations locales de la société civile à rester engagées malgré les menaces. Elles permettent non seulement de protéger les acteurs de la société civile tous, mais aussi de maintenir une présence active et solidaire auprès des communautés vulnérables.
Alliance internationale face à la crise RDC :
La communauté Internationale n’est pas restée indifférente face à cette situation dramatique :
En février 2025, le conseil de droits de l’homme de Nations –Unies lors de sa 37e session extraordinaire sur la situation des droits de l’homme dans l’est de la République démocratique du Congo tenue à Genève a pris la résolution (A/HRC/RES/S-37/1), condamnant fermement les violences de conflits de guerres dans la partie EST de la RDC, https://www.ungeneva.org/fr/news-media/press-release/2025/02/human-rights-council-hold-special-session-onthe-democratic
Au cours du même mois de février, le Conseil de Sécurité des Nations-Unies a adopté à l’unanimité la résolution 2773 , le 21 février 2025, condamnant fermement l’offensive du M23 en République démocratique du Congo (RDC) soutenue par la Force de défense rwandaise (RDF) et exigeant le retrait immédiat de ces forces du territoire congolais ainsi que la cessation des hostilités par le M23, https://docs.un.org/fr/S/RES/2773(2025)
En juillet 2025 , une Mission d’établissement des faits du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme sur la situation de droits de l’homme dans les provinces du Nord et Sud-Kivu, mandatée par le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies a enquêté sur les violations graves de droits de l’homme et du DIH commis par les parties en conflits dans cette région durant cette période de crise.
Le rapport issu de cette mission, évoque le spectre de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité dans le Nord et le Sud-Kivu commis par toutes les engagés aux conflits. https://www.ohchr.org/fr/press-releases/2025/09/drc-un-report-raises-spectre-war-crimes-and-crimes-against-humanity-north
En mai 2025, Madame Mary Lawlor, Rapporteuse spéciale sur la situation des défenseurs des humains, s’est exprimé de vive voix que les DDH « les DDH du Nord et Sud Kivu, ont besoin d’une aide immédiate, y compris d’un soutien pour une réinstallation temporaire avec leurs familles », dans un communiqué de presse du HCDH, https://news.un.org/fr/story/2025/03/1153691
L’ONG Internationale de DDH CIVICUS (World Alliance for Citizen Participation), dans son rapport intitule : « Escalade du conflit violent dans l’est de la RDC : journalistes et défenseurs des droits humains pris pour cibles, censure et coupures d’Internet » que les DDH/Journalistes, femmes activistes sont pris pour cible par les membres de groupes armés et forces gouvernementales de la RDC (FARDC) qui se battent dans les provinces du nord et sud Kivu,
Dans son rapport intitulé « Ils nous ont dit qu’on allait mourir » , les exactions du M23 et des Wazalendo dans l’est de la RDC, de l’ONG Amnesty International , publié en ce mois d’Aout 2025, révèle que les éléments du groupe armé WAZALENDO et ceux de l’AFC/M23 ont commis des actes graves de violations de droits de l’homme, de violences sexuelles et ceux contraire au droit international humanitaire contre les civiles et les membres des OSCs dans les provinces du Nord et Sud –Kivu. https://search.brave.com/search?q=rapport+woman+right+wotch+sur+la+rdc+2025&source=csChrome&summary=1&conversation=26324ec78a0d3ac6582e69
Human Rights Watch (HRW) a publié un rapport en août 2025 dénonçant des atrocités de massacres commises 140 civiles dans le parc national de Virunga, au nord -Kivu entre la période du 10 et le 30juillet 2025 : https://www.hrw.org/fr/news/2025/08/20/rd-congo-le-m23-a-commis-des-massacres-pres-du-parc-national-des-virunga
Mobilisation interne :
Au niveau du pays, la communauté nationale n’a pas gardé silence sur ce qui se passe dans la partie Est de la RDC,
En marge de l’Assemblée générale de l’ONU du 22septembre 2025, le Président de la République Démocratique du Congo son excellence Félix Tshisekedi a fait briser le silence, lever le voile et appeler solennellement à la reconnaissance internationale du génocide perpétré sur le sol congolais, condition d’une justice qui répare et d’une paix qui dure »
Il a lancé la campagne intitule « Génocost de la RDC » pour faire reconnaître à la communauté internationale les morts des guerres congolaises, qui ont lieu depuis 1994 à nos jours, comme victimes d’un génocide. Il a « saisi cette occasion pour intensifier le plaidoyer en vue de la reconnaissance internationale du Génocost » , Que justice soit faite pour les victimes de conflits armes dans la partie orientale de la RDC : https://www.courrierinternational.com/article/verbatim-felix-tshisekedi-appelle-a-la-reconnaissance-internationale-du-genocide-en-rdc_235478
«Genocost» en RDC: entre reconnaissance officielle et combat inachevé pour la justice :https://www.rfi.fr/fr/afrique/20250802-genocost-en-rdc-entre-reconnaissance-officielle-et-combat-inachev%C3%A9-pour-la-justice
RDC: Le ministre congolais de droits humains dénonce un génocide à l’Est et interpelle la communauté internationale : https://www.congoquotidien.com/2025/09/19/genocide-est-rdc-droits-humains-appel-international/
Sylvie Nabintu
