Depuis le début de l’affaire Thélyson Orélien, avec les soupçons d’IA qui sont passés à des révélations de plagiats répétés, des théories de diverses natures et sources ont vu le jour. Et aussi bien de curieuses prises de position. J’ai aussi lu à plusieurs reprises que certains livres ne pouvaient pas avoir été écrits par l’IA, car elle n’existait pas encore… Je me suis donc donné la “lourde” mission de faire quelques modestes recherches, des choses qu’en deux clics on voit très vite.

Apparemment, en 1950, tandis qu’un certain Alan Turing a imagine le test de Turing pour évaluer si une machine est capable de reproduire la pensée humaine, Minsky et Edmonds réalisent le SnARC, premier réseau de neurones artificiels. Je ne me demande même pas ce qui leur est passé par la tête. Qui leur a dit qu’on était fatigué de réfléchir, penser ? Le cerveau est bien là pour une raison… Moins d’une décennie plus tard, en 1956, John McCarthy invente le terme Intelligence artificielle. L’IA est donc officielle et reconnue. Et les percées dans le sens de l’imitation de la pensée humaine se multiplient. On s’en donne à cœur joie, pendant l’Afrique est occupée à ses indépendances. On peut déjà générer des textes en 1966.

Des fantômes aux machines

Maintenant, regardons les choses avec la perspicacité de leurs concepteurs. Si la Relativité selon Einstein a permis Hiroshima et Nagasaki, tout nous dit que convertir Eliza, le premier chatbot de l’histoire, en ghostwriter n’était qu’un jeu d’enfant. Ghostwriter… Parlons-en !

Beaucoup de grands auteurs, puisqu’une certaine histoire les a présentés ainsi, se faisaient accompagner dans leur écriture ; on leur prêtait même des phrases, des paragraphes, des chapitres, des manuscrits… Le procédé continue… Mais c’était tout de même embarrassant de se trouver à recevoir des lauriers face aux vrais auteurs du texte, silencieux, contraints à la frustration de l’anonymat ; alors, il a fallu se tourner vers des assistants d’écriture moins stressants. Posons-nous une simple question : Comment ont écrits ces auteurs entrés dans la légende avec leurs trop grands nombres de livres ? Et les schémas d’écriture qui se répètent… Et tous ces auteurs qui semblent sortis de la même école d’écriture, tant le profil est identique…Pendant que l’Afrique se frayait une pensée par la négritude, ailleurs on établissait des intouchables littéraires.  

Remontons encore plus loin dans le temps, et allons rejoindre ces cercles secrets où se pratiquait l’écriture automatique. Bien sûr, on a évité de parler de convocation des esprits, pour suggérer l’inconscient ; c’est moins terrifiant, il faut l’avouer. Mais les faits sont les faits. Cela fait bien longtemps que la page blanche inquiète les auteurs. La créativité n’a pas toujours été naturelle chez certains. On peut citer plusieurs autres techniques pour retrouver la motivation dans la transe, dont la prise de certaines drogues. La mescaline a joué son rôle, comme certains shoots le font aujourd’hui. Écrire dans le dos de la conscience et la lucidité est un fantasme encore célébré aujourd’hui. On dit faciliter les choses. Mais pour qui ?

Écrire comme les autres : l’identité en jeu

J’ai donc envie de saluer une certaine Afrique pour son écriture nature, jugée gauche et moquée ; car elle au moins, est le fruit d’une contemplation lucide, consciente… Chaque auteur avait sa plume, et on pouvait aisément l’identifier. C’était un jardin harmonieux, peut-être pauvre dans la quantité ; mais absolument d’intérêt. Aujourd’hui, paraître prend le pas sur être. Et tout a commencé avec des habitudes nouvelles : écrire comme les auteurs des grands éditeurs, écrire pour remporter des prix littéraires internationaux, universaliser sa plume, harmoniser ses phrases… écrire comme.

Et voilà ! on veut tous avoir un nom sur un livre. L’intelligence naturelle n’est plus qu’un accessoire qu’on se plaît à laisser dans un tiroir avant de sortir. On emprunte aux autres et aux outils ; c’est bien plus facile jusqu’à ce qu’on se fasse éclabousser par les mêmes qui en ont usé  et abusé. Celui qui crée le jeu ne crée-t-il pas les règles et ne choisit-il pas qui joue, et quand il doit jouer ; surtout, comment y jouer. Dans cette partie qui semble se jouer en défaveur de l’Afrique, quel rôle jouent les acteurs du Livre de notre continent ? Quel en est l’impact sur les futures générations ? Existera-t-il dans un siècle une plume que l’on puisse revendiquer de ce continent ?

Aujourd’hui, il est plus que jamais temps de se poser les bonnes questions, et surtout comprendre ce qui nous pousse à la Littérature. L’identité, protégée par l’intelligence culturelle est plus que jamais la racine salutaire. Si aller à la rencontre de soi est la raison première de la pratique de l’art, alors la Littérature n’est pas plus forte avec plus d’acteurs, mais avec plus d’identités naturelles. 

Ray Ndebi

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