Du 9 au 11 octobre 2026, la Manufacture de Nantes a accueilli la 11ᵉ édition du Festival des littératures africaines. Organisé par l’association La Truelle Sociale – ASPROBIR (Association pour la Promotion des Bibliothèques Rurales), sous la conduite de sa présidente Ide Rosine Deumaga, ce rendez-vous a placé les croisements culturels, la transmission et la liberté de création au cœur de sa programmation.

Une littérature se découvre dans les livres, mais aussi dans les voix qui les portent et les rencontres qu’ils suscitent. À Nantes, le Festival des littératures africaines a réuni ces dimensions autour du thème « Les littératures africaines au croisement des autres cultures ». Marché du livre, conversations, poésie et propositions artistiques ont dessiné un panorama d’écritures traversées par la mémoire, les langues et les appartenances multiples.

À la manœuvre, l’infatigable Ide Rosine Deumaga a orchestré cette édition de main de maître. Autour de la présidente d’ASPROBIR, une équipe de bénévoles engagés, dont Astawabi, a contribué à l’accueil et au déroulement du festival. Ce travail collectif constitue le soubassement d’une manifestation où la proximité entre auteurs et lecteurs donne à l’ambition culturelle une traduction concrète.

Mémoire et émancipation
La programmation ouvrait plusieurs perspectives sur le pouvoir des récits. Avec Gloria Mukolo, le slam et la poésie donnaient place à la parole performée. La conversation consacrée à la mémoire et à la transmission, réunissant Béatrice Uwambaje et Sarah Lafitte, interrogeait les histoires effacées ou minorées par les récits officiels. La littérature y était envisagée comme un espace d’anamnèse : une remémoration capable de rendre perceptibles des expériences longtemps reléguées au silence.

Les questions du corps, du genre et des féminismes africains figuraient également au programme, avec Fata Wassel Ngom, Christelle Kédi et Sarah Lafitte. Elles invitaient à examiner la manière dont l’écriture peut nommer les assignations sociales et ouvrir des possibilités d’émancipation.
Avec Pierre Akaffou et Abo Ambroise Kouassi, la réflexion sur les langues urbaines issues du contact avec le français, notamment le nouchi ivoirien, déplaçait l’attention vers la matière même de la création. Cette hétéroglossie, où se rencontrent différents registres et héritages linguistiques, questionne les normes de la langue littéraire et les façons de raconter le quotidien.

Écrire depuis les marges
Le dimanche, Mireille Ngosso modérait une rencontre entre le poète Abo Ambroise Kouassi et l’autrice et dramaturge Raïssa Yowali, consacrée aux littératures africaines en dehors des circuits dominants. Une interrogation structurait ce rendez-vous : comment transformer une position périphérique en liberté d’écriture ?
La question engage autant l’esthétique que les conditions matérielles de publication. Préserver une voix singulière suppose aussi de pouvoir atteindre ses lecteurs. La marge peut favoriser l’invention ; les difficultés de distribution et de reconnaissance demeurent néanmoins des obstacles. Cette tension invite à examiner les critères par lesquels certaines œuvres accèdent à la visibilité.

La programmation explorait aussi d’autres chemins de circulation : podcast en direct, création sonore et réseaux sociaux, ainsi qu’une conversation avec Raïssa Yowali et Sika Mopa sur les imaginaires diasporiques.
Entre les tables de livres, les dédicaces et les échanges, cette édition a donné corps à une hospitalité des imaginaires. Porté par ASPROBIR et ses bénévoles, le festival a offert un espace où découvrir les littératures africaines dans leur irréductible pluralité, au contact de celles et ceux qui les écrivent.
Mireille Ngosso
