Une coalition d’organisations de la diaspora camerounaise a adressé, le 4 novembre 2026, une lettre au président béninois Romuald Wadagni. Elle lui demande de ne pas renvoyer au Cameroun l’ex-caporal-chef Évariste Junior Mfoula, qui serait actuellement détenu au Bénin.

Un « appel à une assistance à personne en danger »

Le courrier, transmis par l’intermédiaire de l’ambassadeur du Bénin en France, à Paris, est intitulé « Appel à une assistance à personne en danger ». Ses auteurs affirment avoir reçu des « cris de détresse » de connaissances et de proches de l’intéressé. Selon « des sources concordantes et dignes de foi », l’ancien militaire serait aux mains des services béninois et ferait « probablement l’objet d’une procédure de rapatriement » vers le Cameroun. À notre connaissance, aucune confirmation officielle de cette détention n’a été rendue publique. Ces éléments n’ont pas pu être vérifiés de manière indépendante.

Un tableau sévère de la situation camerounaise

Les signataires décrivent un Cameroun livré, selon eux, à des « violations flagrantes des droits humains », avec des exécutions sommaires, des assassinats d’opposants et de journalistes. Ils situent l’aggravation de cette situation après l’élection présidentielle du 12 octobre 2025. À leurs yeux, la candidature de Maurice Kamto a été écartée de façon illégitime et la victoire d’Issa Tchiroma Bakary, qu’ils présentent comme le vainqueur réel du scrutin, a été détournée. Ils font état de plusieurs centaines de morts, de centaines de disparitions et de plus de deux mille arrestations et détentions arbitraires.

Ces affirmations engagent leurs seuls auteurs. Les résultats proclamés officiellement par les autorités camerounaises ont donné la victoire au président sortant Paul Biya, un résultat contesté par M. Tchiroma, qui revendique lui-même la victoire.

La convention de Genève invoquée

Les auteurs de la lettre présentent M. Mfoula comme un « combattant de la liberté » et estiment que le renvoyer à Yaoundé reviendrait à le « condamner à une mort certaine ». Ils demandent au chef de l’État béninois d’instruire son gouvernement pour que le dossier soit traité « sous le prisme de la convention de Genève » et que l’intéressé bénéficie de la protection du Bénin, malgré les « pressions » qu’exerceraient selon eux les autorités de Yaoundé.

Cette convention de 1951, relative au statut des réfugiés, consacre le principe de non-refoulement. Celui-ci interdit à un État de renvoyer une personne vers un pays où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison notamment de ses opinions politiques. Reste à savoir si M. Mfoula a déposé ou pourra déposer une demande de protection, ce que la lettre ne précise pas.

Une mobilisation à l’échelle internationale

Le texte est signé à Bruxelles, Berlin, Dakar, Londres, Montréal, Madrid, Mexico, Paris, Pretoria, Rome et Washington. Il émane de Robert Waffo Wanto, président du Conseil des Camerounais de la Diaspora (CCD), au nom de la « Diaspora camerounaise pour le changement ». Ce collectif regroupe notamment Cameroon Patriotic Diaspora, Camdiac, Cameroon Coalition for Change, la Brigade anti-sardinards et le Front de libération du Kamerun.

La lettre est aussi adressée, en ampliation, à de nombreuses institutions : ONU, Union africaine, Union européenne, Commonwealth, Francophonie, Amnesty International, Human Rights Watch, Reporters sans frontières, FIDH, ainsi qu’au Département d’État américain, au Quai d’Orsay et à Downing Street.

À ce stade, aucune réaction officielle des autorités béninoises ou camerounaises n’est connue.

Emmanuel Ekouli

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