La scène publique camerounaise est encombrée ces derniers temps par une controverse somme toute picrocholine, autour de des installations de certains citoyens camerounais dans leur pays, mais seulement, hors des territoires dont ils sont originaires. Le débat mené au ras des pâquerette et qui ne vaut tripette dans un pays régi par des lois, enfle et attise haine et tribalisme. A la vérité, cette situation symptomatique d’une crise sociopolitique, certes larvée, mais qui perdure, met en mal ces personnes dont on affuble le qualificatif avilissant de « envahisseurs ». Leurs pourfendeurs étant leurs propres frères qui brandissent comme un trophée et même un graal, l’appellation « autochtones ».

Une « guerre » qui fait l’objet d’une récupération heureuse des débatteurs qui se multiplient sur les plateaux de télé et sur les réseaux sociaux. Des hommes qui, semble-t-il, en ont fait tout un fonds de commerce. Tout en poursuivant leur sinistre objectif, à peine voilé, celui de transformer cette situation pernicieuse en une auberge espagnole où chacun apporte sa petite haine personnelle et l’ajoute à celle des autres pour en faire une haine immense contre ces « étrangers » dans leur pays qui, pour la plupart, sont en règle avec les lois relatives à l’occupation des terres.

Il faut rappeler que le Cameroun appartient à tous les Camerounais. Le dire ainsi n’est pas une façon prétentieuse d’ignorer l’existence des autochtones ou encore moins leurs droits. Ces peuples se définissant par leur antériorité historique par rapport aux autres, leurs liens privilégiés avec le territoire ancestral, leur volonté de préserver et de développer leur identité culturelle et leurs droits particulièrement sur les terres qu’ils occupent, pour parler comme l’autre.

Dans le cas spécifique du Cameroun, l’Etat reconnaît le droit de préemption à ces peuples sur « leurs territoires ». Ces droits qui sont renforcés ces derniers jours par des réformes majeures que le ministre des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières (Mindcaf), Henri Eyebe Ayissi, est en train d’entreprendre.

Toutefois, il faut le dire, pour le déplorer, le fait que certains autochtones, ayant délibérément cédé leurs parcelles de terrain, généralement contre des espèces sonnantes et trébuchantes, se mettent à chercher des stratagèmes pour les reprendre, est antipatriotique et scélérat.  Comme on dit dans les chaumières : « vendre la chèvre en la retenant par la corde ». Et du coup, les investissements que les acquéreurs de terrain entreprennent par la force du poignet deviennent une raison de frictions entre eux et leurs « vendeurs ». C’est ce à quoi on assiste ces jours.

Faut-il souligner que le Cameroun compte plus de 250 tribus, selon des sources officielles, et chacune d’elles a ses forces et ses faiblesses qui sont liées à la nature, aux circonstances historiques, aux facteurs humains et à bien d’autres raisons ? Pour comprendre que, par rapport aux ambitions nourries par les uns et les autres, ils peuvent se donner les moyens de s’établir où cela leur convient le mieux dans leur pays conformément à ses lois.

A la vérité, le débat mené aujourd’hui sur les médias sociaux et ordinaires, qui porte sur cet irrédentisme de mauvais aloi est nauséeux. Cette surenchère chauvine à même de favoriser le retour de vieux démons ou d’en créer de nouveaux, dont les auteurs, des tribalistes à tous crins, feraient de Trump un pâle émule, ne sert pas l’intérêt du Cameroun. Bien le contraire.

Jean Marie Biongolo

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