Le président de la République Paul Biya, son épouse Chantal Biya et certains de ses proches collaborateurs ont quitté Yaoundé le 07 juin dernier pour un séjour privé en Europe, précisément à Genève, la capitale helvétique. Et comme très souvent, ce voyage présidentiel suscite une intense activité éditoriale sur les réseaux sociaux et dans certains médias comme « Jeune Afrique » qui n’a pas raté le coche. Ce magazine qui, dans une récente publication, soutient pince-sans-rire que le chef de l’Etat camerounais est pris en charge dans un établissement hospitalier à Genève. Suffisant pour provoquer une levée de boucliers du gouvernement qui, par le truchement de son porte-parole, le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, est monté au créneau pour battre en brèche ces « allégations ».
A la vérité, cette prompte réaction du Mincom, par rapport à l’article de ce média qui incrimine le président camerounais, impose plusieurs grilles de lecture. D’abord « Jeune Afrique » réussit à jouer très bien son rôle de dépositaire des émotions des dirigeants du pays du « char des dieux ». On se souvient qu’il y a quelques mois, ce journal avait traité l’opposition camerounaise de « la plus bête » d’Afrique. Cette phrase du journaliste Georges Dougueli était alors devenue une ritournelle pour certains membres du gouvernement pendant les meetings politiques ou lors de leurs interventions dans les médias.
Et quelque temps avant, ce même journal avait titré, pour une deuxième fois : « Cameroun : Qui dirige vraiment ? », un titre qui n’est d’ailleurs pas son exclusivité, mais le gouvernement s’était pris de panique et avait organisé une vaste campagne de communication pour tailler en pièces tout ce qui avait été dit à propos et démontrer bien que le maitre du destin du pays reste Paul Biya. D’ailleurs, bien d’autres articles de « Jeune Afrique » ont provoqué chaque fois l’hystérie des hommes du sérail.
Pourquoi le gouvernement fait tout un gros plat de l’article querellé de « Jeune Afrique » ? Cette question vaut bien son pesant d’or, étant donné que le président de la République est un homme, et que tout homme est susceptible d’être victime d’une maladie, alors lui également peut être malade. Un simple syllogisme. Même si ce n’est pas le cas cette fois, comme a tenu à le dire le ministre de la Communication dans un communiqué rendu public.
L’autre lecture qu’on fait de cette actualité inutilement montée en épingle est cette démarche pernicieuse certainement à des fins tristement financières qu’adoptent certains médias lorsqu’ils craignent de tomber de l’escarcelle d’un grand financier comme serait l’Etat par rapport au magazine « Jeune à frics ». Comme d’ailleurs soutenait une source ayant requis l’anonymat : « C’est une question de gros sous. Jeune Afrique récoltait dans notre pays, chaque année, plus d’un milliard et 500 millions pour son abonnement et d’autres articles commandés. On comprend que perdre un tel montant, on en souffre gravement. Mais le procédé de chantage pour faire peur au régime ne paie plus. L’époque de la toute-puissance de ce journal est révolue ».
Jean Marie Biongolo
