Yaoundé, le 17 juillet 2026 – La présentation du rapport « Les Droits humains à l’épreuve des urnes » au Centre des Nations Unies pour les droits de l’homme à Yaoundé a levé un coin du voile sur une réalité aussi crue qu’indigne d’un État qui se prétend démocratique. Sous la houlette de Cyrille Rolande Bechon, directrice exécutive de Nouveaux droits de l’homme (NDH), un consortium d’organisations de la société civile a documenté 1 264 violations des droits fondamentaux lors de l’élection présidentielle du 12 octobre 2025. Ce chiffre, qui n’est que la partie émergée de l’iceberg, est un affront à la dignité humaine et une preuve accablante de la dérive autoritaire du régime de Paul Biya.

Un arsenal répressif dévastateur contre la jeunesse et les libertés publiques

Le constat est sans appel. Derrière ces 1 264 cas, on dénombre 540 victimes et survivants. Les données révèlent une machine à broyer les libertés : 135 arrestations arbitraires, 168 intimidations et menaces, 108 restrictions des libertés fondamentales, et des dizaines d’agressions physiques. Les régions du Littoral, du Nord et de l’Extrême-Nord ont été les principaux théâtres de cette répression, mais le Centre, l’Adamaoua et l’Est n’ont pas été épargnés.

Fait particulièrement révoltant : quatre victimes sur cinq ont entre 15 et 25 ans. Le régime frappe là où il pense pouvoir intimider l’avenir du pays. Les hommes, majoritaires parmi les victimes, et les chômeurs, groupe le plus exposé, paient le prix fort de cette démocratie de façade. Les journalistes, enseignants, acteurs politiques et défenseurs des droits humains, qui tentent simplement d’exercer leur métier, sont également dans le viseur.

Trois tendances qui révèlent la stratégie du pouvoir : la peur, la force brute et l’omerta

Le rapport met en exergue trois tendances qui dessinent les contours d’un État policier :

  1. La chasse aux libertés d’expression et de réunion : Des rassemblements publics systématiquement interdits ou dispersés, des arrestations préventives et des mesures d’intimidation ont étouffé toute velléité d’opposition durant la campagne électorale.
  2. L’usage disproportionné de la force : Les interventions des forces de défense et de sécurité ont conduit à des violences physiques, des atteintes à l’intégrité corporelle et des arrestations arbitraires, bafouant allègrement les principes de nécessité et de proportionnalité.
  3. La mise au pas des médias et de la société civile : Pressions, menaces et limitations d’accès à l’information ont réduit au silence ceux qui tentent de documenter les événements. Sans ce rapport, combien de ces 1 264 violations seraient restées dans l’ombre ?

Des recommandations qui sonnent comme un réquisitoire

Face à ce déni de justice, NDH et ses partenaires formulent des recommandations qui, par leur évidence, devraient être une humiliation pour le gouvernement. Ils exigent du gouvernement qu’il garantisse les libertés fondamentales, qu’il enquête indépendamment sur les violations et qu’il répare les victimes. Ils demandent aux forces de sécurité de se former aux normes internationales et de privilégier la prévention. Ils somment Elecam de renforcer la transparence et appellent les partis politiques à renoncer aux discours de haine. Ces demandes, aussi légitimes soient-elles, sont un rappel cinglant que le Cameroun est loin de remplir ses obligations internationales.

L’onde de choc internationale et l’indifférence complice

Ce rapport accablant confirme les craintes exprimées par la communauté internationale. Dès le 28 octobre 2025, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, s’était dit « profondément préoccupé par la violence post-électorale » et l’« usage excessif de la force ». La Commission africaine des droits de l’homme et des peuples avait également condamné « l’usage abusif et disproportionné de la force » et les « arrestations pour réprimer » les manifestants. L’Union européenne, dans un langage diplomatique à peine voilé, a déploré la « mort par arme à feu de plusieurs civils » et appelé à la libération des détenus arbitraires.

L’heure de vérité a-t-elle sonné ?

Le rapport de NDH est un cri d’alarme. Il expose la réalité brute d’un pouvoir qui n’hésite pas à piétiner ses propres citoyens pour se maintenir. Si les autorités camerounaises ignorent ces recommandations, elles scelleront définitivement leur discrédit sur la scène internationale et enfonceront le pays un peu plus dans une crise politique et sociale profonde. Comme l’a souligné Cyrille Rolande Bechon : « Sans dialogue, sans coordination, impasse ». L’histoire retiendra que, face à ces 1 264 violations, le régime a choisi le silence et l’impunité plutôt que la justice et la paix.

Edwige Christine Mekoui

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