Le feuilleton juridique le plus retentissant du football africain entre dans sa phase la plus décisive. Alors que la CAN 2025 s’achève dans quelques mois sur le terrain, c’est devant le Tribunal arbitral du sport (TAS) que se joue désormais une bataille d’un autre genre. Ce lundi, une information capitale a secoué les capitales dakaroise et rabatie : l’instance basée à Lausanne a officiellement programmé l’audience relative au litige opposant la Fédération sénégalaise de football (FSF) à la Confédération africaine de football (CAF) et à la Fédération royale marocaine de football (FRMF). Selon le journaliste britannique Ben Jacobs, spécialiste des affaires sportives internationales, la date fatidique est déjà arrêtée : ce sera le 8 octobre prochain.
Cette annonce met fin à plusieurs semaines de spéculations sur le calendrier procédural. Les trois parties concernées n’ayant pas trouvé de terrain d’entente pour accélérer la procédure via un accord simplifié, le dossier suivra donc le cours ordinaire du TAS, réputé pour sa rigueur et ses délais parfois longs. Mais avec une audience fixée à l’automne, le suspense pourrait être tranché avant la fin de l’année, à moins que les délibérations ne s’éternisent.
Pour rappel, l’affaire trouve son origine dans la finale de la CAN 2025, disputée au stade Abdoulaye Wade de Diamniadio. Ce soir-là, le Sénégal, porté par son public en délire, s’imposait sur le score de 1-0 après prolongation face au Maroc, décrochant ainsi son deuxième titre continental consécutif. Mais l’euphorie a été de courte durée. Une contestation formulée par les Marocains, portant sur une sortie temporaire de joueurs sénégalais à la suite d’une décision arbitrale jugée litigieuse, a été examinée par la commission d’appel de la CAF. Le 17 mars dernier, celle-ci a rendu un verdict cinglant : victoire sur tapis vert (3-0) pour le Maroc, retrait du titre aux Lions de la Téranga, et forfait infligé aux champions en titre.
Une décision que les Sénégalais ont immédiatement jugée « disproportionnée et infondée » dans son fondement juridique. Pour eux, l’arbitre avait parfaitement le droit de gérer les temps d’arrêt et les remplacements, et la sortie de certains joueurs – qui faisait suite à un incident médical et à une confusion réglementaire – ne pouvait en aucun cas justifier un forfait aussi lourd. C’est pourquoi la FSF a rapidement saisi le TAS, réclamant l’annulation pure et simple du verdict de la CAF et la restitution du titre chèrement gagné sur le pré.
L’audience du 8 octobre se déroulera à huis clos, comme le veut l’usage pour ce type de contentieux sportifs de haut niveau. Elle verra s’affronter les avocats des trois entités. D’un côté, la délégation sénégalaise tentera de démontrer que le règlement de la CAF n’a pas été correctement interprété et que la sanction est contraire au principe de proportionnalité. De l’autre, la FRMF et les conseils de la CAF défendront la validité de la procédure d’appel et la légalité du forfait.
À l’issue des débats, qui pourraient durer une journée complète, les arbitres du TAS entreront en délibération. Contrairement à une idée reçue, le verdict n’est pas rendu à chaud. Le Tribunal dispose d’un délai pour examiner minutieusement les arguments et les pièces versées au dossier. Ce n’est donc qu’à l’issue de ce travail que la sentence tombera. En attendant, la décision de la CAF reste officiellement applicable : c’est donc le Maroc qui est, pour l’instant, crédité du titre de champion d’Afrique 2025. Une situation ubuesque qui maintient les deux pays dans l’expectative, les joueurs dans le flou, et les supporters dans une attente fébrile.
Cette affaire est sans précédent dans l’histoire de la CAN. Elle soulève des questions fondamentales sur la gouvernance de l’arbitrage, le poids des recours et la légitimité des titres sportifs. Les regards sont désormais tournés vers Lausanne, où le TAS devra trancher ce qui est bien plus qu’une simple querelle de tapis vert : une bataille pour l’honneur, la reconnaissance et l’héritage du football africain. D’ici là, le silence de la salle d’audience sera plus lourd que le vacarme du stade.
Ndongo Tsala Christophe
