Douala, le 31 août 2026 – La Fédération camerounaise de boxe thaïlandaise, plus connue sous l’appellation Fecamuaythai et Disciplines Affinitaires (D.A.), traverse depuis plusieurs années une crise interne profonde qui menace aujourd’hui son existence même. Née en novembre 2012 d’un agrément du Ministère des Sports et de l’Éducation Physique (Minsep), cette institution a été portée sur les fonts baptismaux par deux figures des arts martiaux : M. Fotso Kamga Ernest, premier président en exercice, et M. Willy James Nguekam, un pratiquant évoluant en Europe.

Après des débuts prometteurs et une gestion apaisée durant les premières années, le vent a tourné. Selon nos informations, tout aurait basculé après que la fédération a bénéficié d’une subvention auprès du Minsep. Des malentendus sur la gestion des fonds et la gouvernance ont commencé à diviser les dirigeants. C’est dans ce contexte que Willy James Nguekam aurait, dans un premier temps, introduit plusieurs membres de sa famille au sein de l’organe exécutif, une manœuvre visant à prendre le contrôle de l’instance.
La situation s’est ensuite envenimée. Le président national Fotso Kamga Ernest fait face à des accusations non fondées, une campagne de déstabilisation menée par son ancien partenaire, qui n’aurait pas hésité à dresser plusieurs sportifs contre lui et à le saboter auprès des autorités administratives. Le but avoué : écarter le président légitime pour prendre les rênes de la fédération.
Une fédération parallèle et des soupçons de corruption
Le point de non-retour a été atteint lorsque Nguekam Willy James et ses partisans ont créé une fédération parallèle, en utilisant illégalement le même agrément ministériel du 29 novembre 2012 et les statuts fédéraux. Cette sécession, selon nos sources, s’est opérée avec la complicité de certains cadres du Minsep, acquis à la cause des dissidents.
Mis au parfum, le président Fotso Kamga Ernest a saisi l’autorité de tutelle pour un arbitrage. Des dizaines de correspondances ont été déposées, et plus d’une dizaine de déplacements effectués par le président national pour exposer la situation. Peine perdue. Le Minsep n’a jamais organisé de réunion de crise pour entendre les deux camps. Pire, il a fini par choisir le camp dissident.
L’illustration la plus troublante de cette partialité remonte au 14 avril 2026. Ce jour-là, par correspondance, le Minsep autorise Fotso Kamga Ernest à procéder à l’ouverture de la saison sportive 2026. Quelques heures plus tard, le même ministre notifie une seconde correspondance annulant la première. Motif invoqué : Fotso Kamga Ernest aurait été suspendu de ses fonctions par une organisation internationale de Muaythai… dont la Fecamuaythai n’est ni membre, ni partenaire, ni affiliée. Cette suspension, entérinée par la Chambre de Conciliation et d’Arbitrage (CCA) du Comité National Olympique et Sportif du Cameroun (CNOSC), est qualifiée par des observateurs de « curiosité juridique légendaire ». Comment une fédération nationale peut-elle voir son président suspendu par une entité étrangère sans aucun lien de droit ?

L’escalade judiciaire et la Coupe du Cameroun
Face à l’inaction et à la partialité supposée du Minsep et de la CCA, le président Fotso Kamga Ernest a décidé de porter le combat sur le terrain judiciaire. Il conteste notamment l’assemblée générale élective tenue le 30 juillet dernier par le camp Nguekam, une assemblée pourtant autorisée par le Minsep, alors qu’en avril, le même ministère invitait Fotso Kamga Ernest à mener les activités de la saison.
Cerise sur le gâteau : le 29 août 2026, la bande à Willy James Nguekam a organisé la Coupe du Cameroun de Muaythai au centre de jeunesse de New Bell à Douala, sous la supervision d’agents du Minsep. Une démonstration de force qui passe mal.

Une question taraude les esprits : pourquoi ce retournement subit du ministre des Sports en faveur des opposants, sans aucune concertation préalable, alors que le mandat du président actuel est toujours en cours ?
Le bureau exécutif de la Fecamuaythai, autour de Fotso Kamga Ernest, jure de ne pas se laisser faire et de défendre les intérêts de la fédération jusqu’à ce qu’une solution formelle soit trouvée. L’avenir du Muaythai camerounais reste suspendu à une décision de justice ou à un sursaut d’équité des autorités.
Ndongo Tsala Christophe
