Un conflit autour d’un testament et du règlement d’une succession familiale se retrouve désormais devant le tribunal militaire de Douala. Au cœur de l’affaire, Djimgou Barthélémy, ancien maire de Bandja, dans le département du Haut-Nkam, est poursuivi pour menaces et port dangereux d’une arme à feu. Deux membres d’une famille, Ndokomouip Ngomsi Amou et Ossalobo Jean Serge, l’accusent d’avoir brandi une arme et proféré des menaces lors de deux épisodes survenus après le décès de leur père.
Transmis au tribunal militaire le 25 juin 2026, le dossier est enregistré sous le libellé : « Aff. Ndokomouip Ngomsi Amou et Ossalobo Jean Serge contre Djimgou Barthélémy, pour menaces et port dangereux d’une arme à feu. PV n°182 du 11/06/2026 ». La prochaine audience est annoncée pour le 7 septembre 2026.
A l’origine de cette procédure se trouve un différend successoral dans lequel Djimgou Barthélémy affirme intervenir en qualité de dépositaire du testament du défunt. Il reconnaît ne pas appartenir à la famille des dix enfants du disparu, mais soutient avoir été chargé de porter à la connaissance des héritiers les dernières volontés de leur père. Les plaignants reconnaissent leur qualité de cohéritiers, tout en contestant la manière dont l’ancien maire s’est impliqué dans le règlement de la succession dans une fratrie dont il n’en fait pas partie.
Les tensions ont éclaté le 14 février 2026, à la morgue de l’hôpital Laquintinie de Douala. Selon les plaignants, une première altercation s’est produite autour des conditions de transfert et de conservation de la dépouille de leur père. Ils accusent le mis en cause d’avoir menacé l’un d’eux de faire usage de son arme pour « faire valoir la force », relatent-ils.
Les plaignants lui reprochent également d’être intervenu dans les décisions concernant la dépouille de leur père. Le désaccord a enflé lors du premier épisode survenu des semaines plus tard, dans un contexte marqué par les discussions sur la succession et les conditions d’organisation des obsèques.
Le second épisode, au centre de la procédure judiciaire, s’est produit le 31 mai 2026 à Ange-Raphaël, à Douala, au cours d’un conseil de famille. Les plaignants soutiennent que l’ancien maire a contribué à faire monter la tension avant de sortir une arme à feu et de déclarer qu’il était « venu préparé ».
Djimgou Barthélémy conteste cette version. Il reconnaît avoir participé à la réunion et avoir été armé, mais nie avoir menacé qui que ce soit. Il affirme par ailleurs disposer d’un certificat de port d’arme et explique que celle-ci était destinée à assurer sa sécurité. Contacté par téléphone, il indique que la maison familiale où se tenait la réunion était située à l’écart de la route, ce qui justifiait, à ses yeux, les précautions prises pour sa sécurité.
L’incident du 31 mai a conduit à l’intervention de la gendarmerie, alertée par des membres de la famille. L’ancien édile confirme avoir été conduit à la brigade, où il dit avoir été auditionné pendant plusieurs heures. Les plaignants affirment quant à eux qu’il a été libéré à l’aube après l’intervention d’un prêtre, l’abbé Zaneua Kouekam Cyrille.
Selon les plaignants, cet homme de Dieu a déclaré ne pas avoir vu d’arme. Plusieurs personnes auraient également été entendues au cours de l’enquête. Parmi les témoins cités figurent notamment Djifo Kamga Calvin, représentant du chef du village lors de la réunion, ainsi que Yelemen Ngomsi Bienvenida Elda Robine.
Au-delà des accusations de menaces, les protagonistes s’opposent également sur les propos qui auraient été tenus au cours de leurs différends. Les plaignants reprochent notamment à Djimgou Barthélémy de les avoir qualifiés de « bâtards » et de « misérables ». Des propos aux élans tribalistes qu’ils ont jugés insoutenables. « Notre mère est originaire du département du Mbam-et-Inoubou dans la région du Centre, mais après son décès, elle a été enterrée à Fojomokouet, dans le Haut-Nkam, village de son époux.
L’ancien maire rejette ces accusations et considère l’ensemble de la procédure comme une tentative visant à le discréditer. Il maintient qu’il n’a exercé aucune menace et que son intervention dans la succession était liée exclusivement à son rôle de dépositaire du testament.
À l’approche de l’audience du 7 septembre, les plaignants soulèvent par ailleurs des interrogations sur la procédure. Ils dénoncent notamment la tenue des audiences à huis clos et affirment ne pas avoir été informés de la date de la première audience. Ils contestent également les conditions dans lesquelles l’affaire aurait été inscrite au rôle du tribunal militaire.
Ces critiques sont rejetées par Djimgou Barthélémy, qui les juge « infondées ». Il soutient que le huis clos est prévu par la loi et affirme que le dossier est bien connu du greffe.
Patrick Olinga
