Quatre journalistes : François Essomba de ChinAfrique, Igor Gwet Bibey d’Inform Plus, Solange Djuikam d’Univers Info.net, et Pierre Mouchili du Procès International.
Quatre responsables de famille, qui ont été accusés de vol de lunettes d’un membre du gouvernement, contre lesquels aucune preuve, ce qu’on appelle une preuve, n’a pu être apportée, ont été jetés en pâture à la police. Ces professionnels de médias qui ont persisté à proclamer leur innocence, ont malheureusement été honnis, tournés en dérision, avec une grosse casserole accrochée à leur tête, privés de liberté pendant plusieurs jours, plus de six, selon des sources généralement bien informées.
Pas des preuves, mais deux présomptions suffisantes : ils sont des journalistes, et peut-être des nécessiteux. Cela se passe bien au Cameroun. Une incrimination qui reposerait sur un syllogisme : tout nécessiteux serait enclin au vol ; François Essomba, Igor Gwet Bibey, Solange Djuikam, Pierre Mouchili, seraient donc des voleurs. Sinon, comment comprendre que ce soit uniquement ce quatuor qui ait été ciblé après le vrai faux vol des lunettes de M. le ministre de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire (Minepat), Alamine Ousmane Mey.
Et pourtant ces personnes sortaient, renseigne – t- on de la couverture d’une activité organisée dans le cadre de la Journée du Groupe de la Banque islamique de développement (BID) au Cameroun. Conviées ou pas, là ne se trouve pas le débat, ce d’autant plus que lorsque les assises se tiennent à huis-clos, la presse est appelée à quitter les lieux ; dans un autre cas où le média ne fait pas partie de ceux invités, son représentant peut être exclu du partage des per-diem. Jamais la présence dans une cérémonie officielle n’a valu une privation de liberté à un journaliste, peut-être…
On comprend donc pourquoi, motivés par une indignation légitime, les professionnels de médias ont fait chorus pour condamner le camouflet administré par ce ministre à la presse camerounaise en général. Un acte ignoble qui donne l’impression d’avoir levé un pan de voile sur cette personnalité pour laisser découvrir en lui le visage d’un dictateur sous les tropiques. Même si à en croire ses »victimes » apparemment subornés qui ont été interviewés par des confrères d’une chaîne de télévision nationale, jusqu’à présent ils ne savent ni les vrais mobiles de leur garde à vue encore moins le commanditaire. Serait-on désormais ainsi, dans un univers kafkaïen? Au demeurant, quoi qu’il en soit, cette sordide affaire est sans avoir soulevé un débat sur l’arbitraire policière et surtout sur une justice à la carte.
Il est vrai que la société camerounaise reste celle des castes. Une société pyramidale qui a à son sommet des hommes-dieux, lesquels s’il ne dépendait que d’eux, même l’oxygène gratuitement offert par Dieu serait interdit aux « pestiférés », au rebut dans lequel ils classent les hommes de médias ; en tout cas pas tous. Toujours discriminés, objets de traitements offensants en contradiction avec les principes généraux proclamés par les démocraties, les journalistes ont maille à partir dans ce pays où le principe d’égale dignité est bafoué par des comportements de certains dirigeants condescendants, le verbe injurieux et qui regardent du haut tous « ceux qui sont en bas », pour pasticher un homme politique.
Toujours est-il que les confrères sont désormais en liberté, même s’il a fallu attendre plusieurs jours après que leur innocence ait été prouvée. Ils ne sont pas auteurs du vol des lunettes du ministre, lesquelles auraient été retrouvées soit dans sa voiture, soit dans son domicile, peu importe. Certainement pour se faire bonne conscience, le Minepat aurait laissé cette information circuler.
Maintenant, certains Camerounais attendaient que s’il a encore une peu d’humanité il vienne à résipiscence. Même si les quatre souffre-douleurs cherchent à dédouaner le membre du gouvernement et que celui-ci lors de sa sortie médiatique reconnaît entretenir des relations profondes avec la presse, lesquelles ne pourraient souffrir de frictions pour une affaire de lunettes d’une valeur vénale insignifiante ; le Repac comme bien d’autres organisations des professionnels de médias sont péremptoires : les excuses officielles du Minepat sont attendues.
Jean Marie Biongolo
