Le ministère des Finances du Cameroun a annoncé une nouvelle vague de contrôle du fichier solde de l’État, plaçant sous surveillance près de 6 000 fonctionnaires et agents publics soupçonnés d’absences prolongées et injustifiées. Cette opération s’inscrit dans la continuité des campagnes d’assainissement des effectifs de la fonction publique menées depuis plusieurs années par les autorités camerounaises.
5 971 agents dans le viseur de l’administration
Selon les données communiquées par le ministère des Finances, exactement 5 971 fonctionnaires et agents de l’État sont concernés par cette mesure. Leur identification résulte d’un recoupement méthodique entre les mouvements de personnes enregistrées aux frontières du pays et les clarifications apportées par les administrations qui les emploient.
Le constat qui ressort de ce travail de vérification est sans équivoque pour l’administration : une majorité de ces agents auraient quitté le territoire camerounais tout en continuant à percevoir mensuellement leur rémunération, sans que leur employeur – l’État – ne soit en mesure de justifier leur présence effective à leur poste de travail.
Les salaires réaffectés à la trésorerie à titre conservatoire
Face à cette situation, une première mesure conservatoire a été décidée. Les rémunérations des agents concernés ne seront plus versées directement sur leurs comptes, mais réaffectées à la paierie générale du Trésor public. Cette disposition s’applique dans un premier temps aux salaires des mois de septembre et octobre.
Il ne s’agit donc pas, à ce stade, d’une suppression pure et simple des salaires, mais d’un gel temporaire destiné à contraindre les agents à régulariser leur situation. L’argent reste disponible, mais son versement est conditionné à une démarche administrative précise.
Un délai jusqu’au 31 octobre pour se justifier
Pour récupérer leur rémunération, les fonctionnaires visés devront se présenter physiquement auprès de l’administration des finances, munis des justificatifs attestant de la régularité de leur situation professionnelle. Concrètement, il leur faudra démontrer qu’ils occupent bien leur poste ou fournir des explications recevables quant à leur absence.
La date butoir fixée pour cette régularisation est le 31 octobre. Passé ce délai, les agents n’ayant pas clarifié leur situation seront automatiquement considérés comme ayant abandonné leur poste de travail. Cette qualification entraînera leur exclusion définitive du fichier solde de l’État, c’est-à-dire la perte pure et simple de leur statut d’agent public rémunéré.
Une politique d’assainissement déjà engagée depuis plusieurs années
Cette opération n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans un dispositif de comptage physique des effectifs de la fonction publique que le gouvernement camerounais a mis en place depuis plusieurs années afin de lutter contre les emplois fictifs et les irrégularités dans le versement des soldes.
Les résultats de cette politique commencent à se faire sentir. Selon les chiffres communiqués par le ministère de la Fonction publique aux parlementaires en novembre 2025, ce mécanisme de vérification a déjà permis de prononcer la radiation de 6 936 agents. Une opération d’assainissement qui a généré, selon les mêmes sources, une économie estimée à environ 30 milliards de francs CFA dans les caisses de l’État, soit près de 45,7 millions d’euros.
Un enjeu budgétaire majeur pour l’État camerounais
Au-delà de la dimension disciplinaire, cette traque des agents fantômes répond à un impératif budgétaire. La masse salariale de la fonction publique représente une part considérable des dépenses de l’État camerounais, et chaque salaire versé à tort constitue une charge indue pour les finances publiques, déjà sous tension.
En resserrant ainsi le contrôle sur son fichier solde, le gouvernement entend non seulement réaliser des économies substantielles, mais également renforcer la crédibilité et l’efficacité de son administration, régulièrement critiquée pour ses dysfonctionnements en matière de gestion des ressources humaines publiques.
Les prochaines semaines diront combien, parmi ces 5 971 agents suspectés, parviendront à régulariser leur situation avant l’échéance du 31 octobre — et combien viendront, à leur tour, grossir la liste des radiations déjà prononcées.
Emmanuel Ekouli
