À l’appel de collectifs citoyens et de mouvements d’opposition, un grand rassemblement est prévu le 10 octobre sous le slogan « Le hold-up de trop ».
La diaspora camerounaise se mobilise à Paris. Ce samedi 10 octobre 2026, des associations et des mouvements d’opposition installés en Europe appellent à un rassemblement devant l’ambassade du Cameroun. Placée sous le mot-d’ordre #DiasporaCombattanteCamerounaise, la manifestation vise, selon les organisateurs, à dénoncer la confiscation du pouvoir et à réclamer le départ du président Paul Biya, à la tête de l’État depuis 1982.
Cinq revendications
Le dossier de presse des organisateurs détaille cinq exigences. Le collectif réclame d’abord la libération de tous les prisonniers politiques et une amnistie générale pour les militants et citoyens incarcérés, selon lui, pour avoir exercé leur liberté d’expression et de manifestation. Il demande ensuite l’arrêt immédiat des hostilités dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, ainsi que l’ouverture d’un dialogue national inclusif.
Les trois autres revendications sont politiques : le rejet de ce que le collectif nomme les « hold-up électoraux », l’appel à une transition démocratique sous le mot-d’ordre « Paul Biya Must Go », et le libre retour des figures de l’opposition, au premier rang desquelles Issa Tchiroma.
Des scrutins contestés
Les organisateurs inscrivent leur démarche dans une longue contestation des processus électoraux depuis le retour au multipartisme. Ils citent les scrutins de 1992 et de 2018, puis les élections de 2025, qu’ils jugent entachés de fraudes massives. Leur dossier s’appuie sur des analyses comparant les procès-verbaux publiés par l’opposition aux résultats proclamés par le Conseil constitutionnel. Ces documents émanent d’acteurs partisans ou citoyens, et le dossier ne précise pas qu’ils aient fait l’objet d’une vérification indépendante. Les autorités camerounaises, de leur côté, défendent la régularité des scrutins.
Les manifestants évoquent aussi le conflit qui secoue les régions anglophones depuis 2016. Il a provoqué une grave crise humanitaire et des déplacements massifs de population, sans qu’une issue politique durable ait été trouvée.
Une voix depuis l’étranger
Pour les organisateurs, la diaspora joue un rôle particulier. Faute de pouvoir manifester au Cameroun sans risquer l’arrestation, affirment-ils, les Camerounais de l’étranger se veulent « la voix des sans-voix ». Paris, qui compte l’une des plus importantes communautés camerounaises d’Europe, est présentée comme le théâtre naturel de cette expression citoyenne. Le dossier de presse s’accompagne d’images de manifestations réprimées au Cameroun, dont certaines sont particulièrement difficiles. Leur authenticité et leur contexte exact relèvent de la seule responsabilité des organisateurs.
Le programme de la journée
L’accueil des participants et des délégations venues d’autres pays européens est prévu à partir de 12 h 30 devant l’ambassade. Les prises de parole officielles débuteront à 13 h 30, avec le discours d’ouverture du comité d’organisation, des interventions d’associations de défense des droits humains et des témoignages sur la situation socio-économique du pays et sur la crise dans les régions anglophones.
Une marche citoyenne, rythmée de chants et de slogans, est annoncée à 14 h 30 aux abords de l’ambassade. Un point presse suivra à 15 h 30, avec des porte-parole disponibles pour les médias et un espace réservé aux photographes et aux caméras. La journée s’achèvera vers 17 heures par la lecture d’un manifeste, le dépôt symbolique des requêtes citoyennes et une dispersion que les organisateurs promettent pacifique.
Un rendez-vous suivi
Les organisateurs invitent les journalistes à se signaler auprès de leur secrétariat presse pour obtenir des accréditations, des visuels en haute définition ou des entretiens en amont. Des membres du collectif, des analystes de l’Afrique centrale et des figures de la société civile camerounaise en Europe seront disponibles pour répondre aux questions.
Reste à savoir quelle ampleur prendra le rassemblement et quel écho il trouvera, à Paris comme à Yaoundé.
Emmanuel Ekouli
