Face à ce qu’il qualifie d’« impérieuse nécessité de préservation de la sécurité et de l’ordre public », le préfet du Mbam-et-Inoubou, Jean Lazare Ndongo Ndongo, a franchi un pas décisif. Par l’arrêté N° 323/A/04/A1 signé le 4 août 2026 dans la capitale départementale, l’autorité administrative interdit désormais formellement le port ostentatoire des armes blanches – poignards, couteaux et machettes – sur l’ensemble du territoire départemental. Une mesure qui entre en vigueur immédiatement et dont l’objectif affiché est de « renforcer le climat sécuritaire » dans une région où les tensions locales appellent des réponses préventives.

Un arsenal juridique solide

L’arrêté s’appuie sur plusieurs textes fondamentaux : la Constitution camerounaise, la loi n°90-54 du 19 décembre 1990 relative au maintien de l’ordre, ainsi que les décrets de 2008 portant organisation de la République et fixant les attributions des chefs de circonscriptions administratives. Ce cadre légal confère aux autorités territoriales le pouvoir de protéger les personnes et les biens, et le préfet n’a pas hésité à l’actionner.

Des sanctions prévues par la loi

L’article 1er de l’arrêté précise que sont interdits, « à compter de la date de signature du présent Arrêté », le port ostentatoire des armes blanches à l’instar des poignards, couteaux et machettes. L’article 2 est sans équivoque : « Les contrevenants aux dispositions du présent Arrêté s’exposent aux sanctions prévues par la législation en vigueur ». Le préfet a d’ailleurs averti que toute personne surprise en infraction devra répondre de ses actes devant la loi.

Une mise en œuvre confiée aux forces de l’ordre

Pour garantir l’application effective de cette décision, l’article 3 désigne clairement les responsables de l’exécution : « Les Sous-préfets, le Commandant de la Compagnie de Gendarmerie de Bafia et les Commissaires de Sécurité Publique du Mbam et Inoubou, sont chargés chacun en ce qui le concerne ». L’arrêté « sera enregistré et publié partout où besoin sera », et des ampliations ont déjà été adressées au ministre de l’Administration territoriale, au gouverneur de la région du Centre, à tous les sous-préfets du département, au maire de Bafia ainsi qu’aux responsables des forces de sécurité.

Un département sous tension

Le Mbam-et-Inoubou, département de la région du Centre couvrant 7 125 km², n’est pas épargné par les défis sécuritaires. Si la région n’est pas en proie aux violences extrêmes qui frappent l’Extrême-Nord, des incidents sont régulièrement signalés dans l’ensemble du pays : coupeurs de route, découvertes de caches d’armes, infiltration d’éléments hostiles. La visibilité des armes blanches dans l’espace public, en particulier dans les quartiers de Bafia, est perçue comme un facteur d’insécurité et d’intimidation. Le préfet Ndongo Ndongo, nommé à ce poste par décret du 22 juillet 2025, avait déjà tracé une feuille de route lors de sa tournée de prise de contact en décembre 2025, plaçant la sécurité et la cohésion sociale au cœur de ses priorités.

Des interrogations légitimes

Si la mesure est saluée par une partie de la population, elle soulève également des questions pratiques. Sur les réseaux sociaux, des internautes s’interrogent : « Donc les planteurs, chasseurs et les vendeurs ambulants d’armes blanches de cette localité là alors vont devoir changer de métiers ? ». D’autres s’interrogent sur la distinction entre une arme et un outil de travail : « Does the decision make the difference between a weapon and a tool and also prescribe how the tools should henceforth be handled ? ». Le défi pour les autorités sera d’appliquer la mesure avec discernement, en tenant compte des usages légitimes de ces objets dans une région où l’agriculture et l’élevage sont des activités économiques majeures.

Vers un désarmement de la rue

Avec cette décision, le préfet Jean Lazare Ndongo Ndongo envoie un signal fort : l’administration ne tolérera plus que l’espace public soit transformé en vitrine d’armes blanches. Reste à savoir si cette interdiction, aussi légitime soit-elle, parviendra à endiguer un phénomène ancré dans les habitudes et à convaincre les populations de renoncer à ce qu’elles considèrent parfois comme un simple outil ou un attribut traditionnel. L’efficacité de la mesure dépendra de la fermeté des forces de l’ordre, mais aussi de la sensibilisation et de l’adhésion des citoyens. Une chose est sûre : le Mbam-et-Inoubou vient de se doter d’un instrument juridique supplémentaire pour pacifier ses espaces publics et restaurer la confiance.

Edwige Christine Mekoui

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