Entre chant, écriture et entrepreneuriat, l’artiste camerounaise installée en Allemagne construit depuis plusieurs années un parcours tourné vers la foi, la reconnaissance et le soin d’autrui. Portrait d’une trajectoire qui traverse les frontières.

Une plume habitée par la foi

Chantale Ayi, connue du public sous le nom de Chantale Colombe, est une artiste d’origine camerounaise devenue de nationalité allemande. C’est en Allemagne qu’elle vit et travaille aujourd’hui, loin des projecteurs mais fidèle à une trajectoire construite avec constance. Son premier fait littéraire, le recueil de poèmes Parfum divin, paraît aux Éditions Le Lys Bleu à la fin de l’année 2019. L’ouvrage, salué par la critique universitaire, notamment par Boris Noah de l’Université de Yaoundé I, est décrit comme une poésie lyrique en prose qui met en scène le dialogue entre une âme croyante et l’Être divin. Le texte y célèbre le pardon, la bienveillance et l’amour du prochain, dans une écriture jugée accessible et pénétrante. Ce recueil n’est pas un coup d’essai isolé mais le prolongement naturel d’une sensibilité déjà exprimée à travers la musique. L’écriture, chez elle, ne se substitue pas au chant, elle le complète et l’approfondit.

Une voix qui traverse les langues

Avant la poésie, il y a eu la musique. En 2018, Chantale Colombe publie son premier projet, Mon Dieu est bon, présenté comme une œuvre polyphonique et plurilingue. Ce choix artistique révèle une conviction profonde, celle de faire dialoguer les langues et les sensibilités culturelles autour d’un même message de foi. Cette ouverture linguistique devient une signature. Elle permet à son répertoire de circuler au delà d’un seul territoire et de toucher des publics que la seule langue française n’aurait pas rassemblés. En 2021, elle rejoint la chanteuse Alliance Madeleine sur le titre Je te donne tout, une collaboration qui témoigne de son inscription dans un réseau artistique où les voix de la louange se rencontrent et se répondent. Le 1er août 2026, elle dévoile un nouveau titre, BÉNI(E) BÉNI(E), disponible sur YouTube. La chanson s’inscrit dans la continuité de son univers spirituel et prend la forme d’un chant de reconnaissance, porté par une expression simple et une conviction affirmée, celle que la grâce reçue mérite d’être proclamée.

Du chant au soin, une même vocation

L’année 2026 marque un autre tournant dans le parcours de Chantale Colombe. Elle fonde à Duisburg, en Allemagne, l’Intensivpflegedienst Colombe GmbH, un service ambulatoire de soins intensifs installé Heerstraße, dans le quartier de Meiderich. La structure accompagne les personnes en perte d’autonomie et leurs familles, avec une offre centrée sur la prise en charge individuelle en un pour un et sur les soins liés à la ventilation assistée. Son rayon d’action couvre Duisburg, Rheinhausen, Hamborn, Meiderich et les quartiers environnants, avec la volonté affichée de proposer une présence de proximité et des délais d’intervention courts. Ce virage entrepreneurial n’est pas une rupture avec ses engagements artistiques, il en prolonge la logique. Que ce soit à travers le chant, l’écriture ou désormais le soin à domicile, la même conviction traverse chacun de ses engagements, celle de se rendre utile et disponible pour autrui, avec humanité et rigueur professionnelle.

La gratitude comme fil conducteur

Ce qui frappe dans le parcours de Chantale Colombe, c’est la cohérence. Que ce soit dans ses vers, dans ses chansons ou dans son engagement professionnel, un même fil relie chaque étape de son travail, celui du service rendu et de la gratitude comme discipline de vie. Loin des logiques de buzz qui traversent aujourd’hui la production musicale religieuse, elle avance avec régularité, publiant peu mais publiant juste, tout en bâtissant, en parallèle, une activité tournée vers l’accompagnement des plus fragiles. Sa trajectoire d’auteure, de chanteuse et désormais de cheffe d’entreprise lui donne une profondeur singulière, chaque expérience semblant nourrir la suivante. Dans un contexte où les artistes de gospel s’appuient de plus en plus sur les plateformes numériques pour élargir leur audience au delà des frontières nationales, elle a su, depuis l’Allemagne, garder un lien vivant avec le public camerounais et la diaspora chrétienne francophone, tout en s’enracinant durablement dans son pays d’adoption. BÉNI(E) BÉNI(E) n’est donc pas une rupture dans sa trajectoire mais une nouvelle page ajoutée à une identité déjà affirmée, faite de spiritualité, de plurilinguisme et de fidélité à un même message. À travers cette œuvre patiente et ce parcours entrepreneurial naissant, Chantale Colombe rappelle que la foi, l’art et le soin peuvent se rejoindre dans une même vocation, celle de veiller sur autrui.

Léandre Wama

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