En près de deux décennies, Adrienne Portia Deya Abazene, surnommée « DAP », a construit, poste après poste, une réputation de gestionnaire rigoureuse au sein de l’administration douanière centrafricaine. Fondatrice d’un réseau qui fédère aujourd’hui des centaines de femmes entrepreneures, elle s’est imposée comme l’une des figures les plus en vue du leadership féminin en République centrafricaine.

Une carrière bâtie dans l’administration douanière

Diplômée de l’École nationale d’administration et de magistrature du Cameroun, spécialiste en gestion des risques financiers et en analyse stratégique, Portia Deya Abazene entre dans l’administration des douanes centrafricaines au début des années 2010. Sa progression y est constante. Elle occupe plusieurs postes de responsabilité, dont celui de Receveur principal à Bangui, puis celui de cheffe de la deuxième brigade douanière de la capitale en 2022. Cette même année, elle préside le comité d’organisation de la Journée internationale de la douane, un événement annuel qui met en valeur les agents de l’administration. Depuis 2023, elle dirige le service du Contrôle différé et de la valeur à la Direction nationale de surveillance et de lutte contre la fraude. Entre 2013 et 2016, elle avait déjà élargi son champ d’action à l’international en occupant les fonctions de conseillère chargée des finances et de l’administration à l’ambassade de Centrafrique à Bruxelles, où elle a géré des budgets supérieurs à 80 millions d’euros. Cette expérience diplomatique, ajoutée à sa maîtrise technique des régies financières, a forgé le profil d’une administratrice reconnue dans un secteur longtemps dominé par les hommes.

FAFECA, bien plus qu’un réseau d’entrepreneures

En 2023, Portia Deya Abazene fonde la Fédération des associations des femmes entrepreneures de Centrafrique, la FAFECA, avec l’ambition de fédérer un mouvement encore dispersé. La fédération revendique avoir formé plus de 2 700 femmes en leadership, en marketing numérique et en gestion financière, et s’est imposée comme un interlocuteur régulier des institutions publiques et des partenaires internationaux. Ses responsables ont elles-mêmes suivi un renforcement de compétences en leadership, avec l’appui de l’Institut européen de coopération et de développement, financé par l’Agence française de développement et l’Union européenne. Sous la présidence de Portia Deya Abazene, la FAFECA a par ailleurs élargi son champ d’action au-delà de l’économique. Dans le cadre du projet « Zéro dose, zéro barrière », soutenu par Gavi, l’Alliance du vaccin, la fédération collabore avec World Vision pour sensibiliser les familles à la vaccination infantile et lever les barrières culturelles, économiques ou géographiques qui en freinent encore l’accès. « Une femme qui réussit, c’est toute la société qui en bénéficie », résume-t-elle volontiers pour justifier cette vision d’un développement à la fois économique et communautaire.

Une voix qui porte au-delà des frontières

La reconnaissance de son engagement a franchi les frontières nationales. En février 2025, Portia Deya Abazene s’exprime par visioconférence devant le Conseil de sécurité des Nations unies, à l’occasion d’un point sur la situation en République centrafricaine. Elle y rappelle que, malgré des cadres juridiques garantissant l’égalité entre hommes et femmes, celles-ci ne représentent encore qu’une faible minorité des propriétaires d’entreprises dans le pays, et plaide pour un renforcement de leur place dans la relance économique. Plusieurs distinctions nationales et panafricaines sont venues saluer ce travail. Le parcours de Portia Deya Abazene illustre la manière dont une expertise technique, construite dans la discrétion des services financiers de l’État, peut se transformer en influence publique et en capacité de mobilisation, économique comme sociale. « Je souhaite qu’il y ait toujours plus de sociétés et de groupes détenus par des femmes et que nous puissions toutes nous retrouver au sommet », confie-t-elle. Une ambition qui, à Bangui comme ailleurs sur le continent, continue d’inspirer une génération d’entrepreneures en quête de modèles concrets.

Baltazar Atangana

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