La mairie de la ville de Douala a officiellement lancé, le 26 octobre 2026, un appel à manifestation d’intérêt pour le financement, la construction et l’exploitation d’une ligne pilote de tramway de 20 kilomètres. Les candidatures sont attendues avant le 25 février 2027. Le projet, qui vise 750 000 voyageurs par jour avec un tarif social inférieur à 500 FCFA, doit répondre à l’urgence de la mobilité dans la capitale économique camerounaise.
Douala étouffe. Avec plus de quatre millions d’habitants et une croissance démographique soutenue, la métropole portuaire subit des embouteillages chroniques qui paralysent l’économie locale. Le réseau de bus formel est quasi inexistant – moins de 1 % des déplacements – et la population se rabat massivement sur les motos-taxis et les taxis partagés, des modes coûteux et insécurisants. Les pertes liées au temps perdu dans les bouchons sont estimées à environ 2 % du PIB local chaque année. Face à ce constat, la CUD relance un dossier vieux de quinze ans.
Le tracé retenu pour cette première ligne reliera l’échangeur de Bekoko, sur la rive droite du Wouri, au carrefour SCDP à Ndogsimbi, en passant par le pont sur le fleuve et le rond-point Deido, un axe névralgique de la ville. Le projet repose sur un montage à capitaux majoritairement privés : les groupements candidats devront réunir un constructeur ou intégrateur de systèmes ferroviaires, un opérateur expérimenté et un partenaire financier. La concession envisagée est d’au moins 30 ans, avec une autorisation exclusive d’occupation du linéaire et la mise à disposition de cinq hectares pour le centre de remisage.
Pour séduire les investisseurs, la CUD met sur la table un paquet d’incitations. Outre des exonérations de droits de douane sur le matériel roulant, de TVA et d’impôt sur les sociétés, la municipalité prévoit une garantie partielle contre le risque de trafic : si la fréquentation tombe sous 70 % des prévisions, la ville couvrirait une partie du déficit, dans la limite de deux milliards de FCFA par an, tandis que l’État pourrait accorder une subvention d’équilibre plafonnée à 40 % des recettes attendues sur les sept premières années. La CUD participe également au projet en tant qu’autorité concédante et apporte le foncier nécessaire.
Les chiffres clés fixés dans l’appel d’offres sont ambitieux : 750 000 voyageurs par jour, pour 1,5 million de déplacements quotidiens sur l’itinéraire, une fréquence d’une rame toutes les quatre minutes aux heures de pointe et un tarif social inférieur à 500 FCFA. Le coût indicatif de l’investissement est estimé à 400 milliards de FCFA hors taxes, soit environ 20 milliards par kilomètre.
Pourtant, le dossier reste fragile. Le document d’appel d’offres contient des clauses contradictoires : certaines annexes obligatoires exigent des candidats qu’ils financent 100 % du projet sans aucune garantie publique, alors que le corps du texte promet ces mêmes garanties. À cela s’ajoute l’épineuse question de l’approvisionnement électrique, le Cameroun souffrant de perturbations récurrentes susceptibles de compromettre la régularité du service. Les autorités devront lever ces ambiguïtés avant la sélection des partenaires, sous peine de voir une nouvelle fois le projet s’enliser. Pour Douala, l’enjeu dépasse la simple infrastructure : il s’agit de démontrer que la ville peut offrir à ses habitants une alternative crédible à l’asphyxie routière.
Emmanuel Ekouli
