Le 27 octobre 2026, Paul Atanga Nji a signé l’arrêté n° 00163/A/MINAT qui suspend pour trois mois toutes les activités du FSNC sur l’ensemble du territoire. Les motifs : appel à l’insurrection, atteinte à l’intégrité territoriale, à l’unité et à la souveraineté nationales, incitation à la violence, troubles graves à l’ordre public, et résidence à l’étranger d’un dirigeant statutaire. Ce dernier grief est un chef-d’œuvre. Issa Tchiroma Bakary vit en Gambie, où il s’est réfugié pour sa sécurité après avoir contesté la présidentielle. On sanctionne donc le parti parce que son chef a dû fuir. Le ministre fabrique l’exil, puis s’en sert comme preuve.

Ce n’est pas une dérive, c’est une méthode. En décembre 2024, M. Atanga Nji suspendait déjà le REDHAC et d’autres organisations de la société civile, alors que leurs avocats dénonçaient un abus de pouvoir et une violation de la loi de 1990. En août 2026, il refusait de « prendre acte » d’une convention du MRC tenue huit mois plus tôt, bien après le délai légal de trois mois, au point que son silence valait acceptation. Un arrêté ici, une lettre tardive là : le droit n’est plus qu’un outil pour fragiliser les opposants. Dix-neuf jours après les violences de la présidentielle, c’est le parti de l’adversaire de M. Biya qui est frappé.

Car tout part de ce scrutin du 12 octobre 2025. Paul Biya y a été proclamé vainqueur avec 53,66 % des voix, et la proclamation a été suivie de manifestations réprimées dans le sang. Le gouvernement lui-même a reconnu « plusieurs dizaines » de morts, sans jamais donner de bilan exact. Pour des millions de Camerounais et nombre d’observateurs, ce huitième mandat est entaché de fraudes. Aucun arrêté n’y changera rien.

Reste la question que l’arrêté contourne : qui gouverne ? Le 7 juin 2026, M. Biya quittait Yaoundé pour un « court séjour privé en Europe ». Il est revenu après soixante-quatorze jours, le 20 août, resté largement caché derrière les vitres de son véhicule. Pendant ce temps, le ministre de la Communication assurait qu’il était en vie et n’avait pas démissionné, et le chef de l’État signait des décrets depuis l’étranger. Un président dont il faut certifier l’existence n’est plus un chef d’État, c’est un sujet de communiqué.

Les institutions, elles, attendent. Près d’un an après sa réélection, aucun nouveau gouvernement n’avait été formé. La révision constitutionnelle d’avril 2026 a rétabli le poste de vice-président, mais aucun nom n’avait été avancé. Le pays n’a plus de feuille de route, seulement une succession que personne n’ose organiser. Il est orphelin d’un homme qui n’est pas encore parti, mais qui a cessé de présider.

C’est dans ce vide que M. Atanga Nji prospère. Sans président visible, un ministre zélé suspend, interdit et menace de poursuites au nom d’un pouvoir qu’il est seul à incarner. Un régime qui n’a plus de visage se défend avec des arrêtés. Mais on ne gouverne pas un pays de 28 millions d’habitants en suspendant ceux qui protestent. Ce silence entretenu depuis le sommet finira par coûter bien plus cher qu’un parti suspendu trois mois.

Ce que répond le pouvoir

Le ministère présente l’arrêté comme une sanction administrative temporaire, et non comme une dissolution. La mesure vise des actes commis avant, pendant et après la présidentielle du 12 octobre 2025, et les contrevenants s’exposent à des poursuites. Les autorités invoquent la défense de l’ordre public après des violences dont le gouvernement a lui-même reconnu qu’elles avaient fait plusieurs dizaines de morts. Sur Paul Biya, le pouvoir soutient qu’il n’y a aucune vacance. Début août, le ministre de la Communication a assuré que le chef de l’État était en vie et n’avait pas démissionné. Les décrets signés pendant son séjour en Suisse sont mis en avant comme preuve que l’État fonctionne. Les résultats officiels, 53,66 % des voix pour M. Biya, sont tenus pour valides. Ses défenseurs voient dans la contestation de M. Tchiroma, qui revendique la victoire, un refus d’accepter le verdict des urnes.

Emmanuel Ekouli

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