Déjà solidement implanté dans le ciment, le magnat nigérian Aliko Dangote étend son empire aux hydrocarbures camerounais. Une filiale voit le jour à Douala, assortie d’un contrat d’approvisionnement avec l’État.

Le groupe d’Aliko Dangote poursuit son expansion en Afrique centrale. Le 28 octobre 2026, le conglomérat nigérian a dévoilé la création de Dangote Oil & Gas Cameroon et la signature, avec les autorités de Yaoundé, d’un contrat de trois ans. Il portera sur la moitié des produits pétroliers que le pays doit importer.

Fini (ou presque) les intermédiaires

Les cargaisons seront acheminées depuis Lekki, au Nigeria, site de la gigantesque raffinerie du groupe. L’argument est de poids pour Yaoundé. Depuis l’incendie qui a paralysé la Sonara, son unique raffinerie, le pays achète à l’étranger la totalité de ses carburants. Il passe pour cela par une chaîne de négociants et de démarcheurs, dont les commissions renchérissent la facture.

Les montants en jeu sont considérables. D’après des estimations de la banque centrale de la sous-région, rapportées par la presse, les importations camerounaises de produits pétroliers ont avoisiné 2 000 milliards de francs CFA en 2025. En traitant directement avec le producteur, l’État espère donc réaliser des économies, même si les conditions tarifaires de l’accord n’ont pas été rendues publiques.

Une filiale aux ambitions larges

Basée à Douala, la nouvelle société doit démarrer très prochainement. Ses statuts l’autorisent à intervenir sur tout l’aval du secteur pétrolier, de l’importation jusqu’à la vente en station-service. Le groupe n’a pas dit s’il comptait exploiter toutes ces possibilités.

Le stockage devrait être le premier chantier. En juillet, le vice-président de Dangote, en déplacement au Cameroun, avait confié au Premier ministre le projet de bâtir des capacités de stockage. Elles serviraient à constituer des réserves et à faciliter l’acheminement des produits par pipeline. La création de la filiale semble prolonger directement cette idée.

Un pari à double tranchant

Pour le Cameroun, l’accord peut sécuriser les approvisionnements, alors que le raffinage national reste à l’arrêt. Pour Aliko Dangote, c’est un nouveau relais de croissance hors du Nigeria, qui s’appuie sur la présence industrielle acquise grâce au ciment.

Reste à voir comment le contrat sera appliqué : son effet sur les prix à la pompe, et la place qui sera laissée aux opérateurs locaux déjà établis, seront à surveiller de près.

Edwige Christine Mekoui

Spread the love

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *