Vingt-trois pays ont placé l’attaquant français en tête de leur classement. Au-delà du chiffre, la carte de ces soutiens dit beaucoup de la dimension mondiale du joueur.

Vingt-trois pays, quatre continents, des cultures footballistiques très différentes : la liste des nations dont le vote désigne Kylian Mbappé comme meilleur joueur de l’année est étonnamment hétéroclite. Elle va de l’Allemagne au Paraguay, de la Finlande à la Zambie, en passant par l’Irak ou la Côte d’Ivoire.

Un rappel nécessaire

Dans le processus du Ballon d’Or, chaque pays est représenté par un seul journaliste. Ces 23 « pays » sont donc 23 voix individuelles, ce qui limite la portée statistique du résultat : il s’agit d’une somme de sensibilités plus que d’un verdict collectif. Mais c’est précisément ce qui le rend intéressant, car l’addition de ces choix dessine une géographie de l’influence.

L’Afrique, premier bloc

C’est le continent le plus représenté, avec neuf pays : Bénin, Cameroun, Côte d’Ivoire, Égypte, Ghana, Guinée, Mali, RD Congo et Zambie. La proximité linguistique et culturelle avec la France explique en partie ce soutien, tout comme l’omniprésence du football français dans les médias francophones du continent. Mbappé, dont le père est camerounais, incarne aussi une réussite qui parle à toute une diaspora. Le vote de l’Égypte, pays de Mohamed Salah, mérite d’être souligné : il traduit un choix fondé sur la performance plutôt que sur l’affinité nationale.

L’Europe, entre rivaux et admirateurs

Huit voix européennes : France, Allemagne, Espagne, Italie, Pays-Bas, Bulgarie, Roumanie et Finlande. Ce sont les plus parlantes. Que des journalistes allemands, italiens ou néerlandais, issus de pays qui disposent de leurs propres figures de premier plan, placent Mbappé en tête indique que son rayonnement dépasse le simple cadre national. Le vote espagnol s’explique sans doute aussi par son rôle dans un club aussi suivi que le Real Madrid, où chacun de ses matches est scruté à l’échelle du pays.

Le monde arabe, l’autre signal

Bahreïn, Irak, Palestine et Qatar forment un ensemble cohérent. Le football y occupe une place centrale, et la visibilité de Mbappé a été considérablement renforcée par ses années au Paris Saint-Germain, club lié au Qatar. Il est tentant d’y voir un effet d’influence, mais le choix de l’Irak ou de la Palestine, sans lien institutionnel avec ce projet, plaide plutôt pour une admiration sportive partagée.

Deux voix sud-américaines

L’Équateur et le Paraguay sont les seuls représentants des Amériques. Dans une région dominée par les références argentines et brésiliennes, ce choix est à noter. Il confirme que la notoriété de l’attaquant français touche aussi les terres de football les plus exigeantes.

Ce que révèle cette carte

Premier enseignement : la force de Mbappé tient à sa transversalité. Il convainc sur plusieurs continents, auprès de publics qui n’ont ni la même histoire ni les mêmes attentes. Deuxième enseignement : son profil, fait de vitesse, de régularité statistique et d’une exposition médiatique permanente, séduit des jurés pour lesquels l’impact immédiat prime souvent sur le style. Enfin, ce vote rappelle que le Ballon d’Or reste une élection d’opinion autant qu’un classement de performances, où la visibilité compte.

Reste que 23 voix sur la centaine de votants possibles ne font pas une majorité. Le soutien est large, mais diffus : un joueur admiré partout, sans être plébiscité nulle part. C’est peut-être là toute l’ambivalence du statut de Mbappé : une star planétaire dont la domination est incontestable en notoriété, plus discutée en consensus.

Emmanuel Ekouli

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