Le Réseau des Patrons de Presse du Cameroun a profité de la Journée internationale de lutte contre l’impunité, ce 2 novembre, pour dresser un constat accablant : au Cameroun, tuer ou menacer un journaliste reste, trop souvent, sans conséquence.
Le cri est lancé sans détour. Sous la plume de son président, François Mboke, le REPAC s’associe à la communauté internationale pour clamer son « STOP à l’impunité ». Un mot d’ordre qui sonne comme une accusation, dans un pays classé 138e au classement de Reporters sans frontières (RSF) 2025. « Le REPAC veut sortir du rouge », martèle le réseau, pour qui la liberté de la presse « reste une conquête quotidienne ».
Informer sous la menace
Le tableau dressé est sombre. Des journalistes sont « toujours menacés » dès lors qu’ils s’aventurent sur le terrain de la gestion publique, de la corruption ou de la crise anglophone, autant de sujets que le pouvoir préférerait voir rester dans l’ombre. Informer, au Cameroun, expose encore à des représailles.
Le REPAC rend pourtant hommage à une presse privée « résiliente » qui, malgré un modèle économique fragile, continue d’informer 28 millions de Camerounais. Mais cette résilience a un prix, et il est exorbitant.
Zogo, le symbole d’une justice qui tarde
Au cœur de la dénonciation, l’affaire Martinez Zogo. Pour le réseau, elle demeure « le symbole de l’urgence de justice ». Des procédures judiciaires « interminables » pour des crimes d’une extrême gravité commis contre des confrères : voilà ce que le REPAC refuse d’accepter. Chaque mois qui passe sans verdict nourrit le sentiment que la vie d’un journaliste pèse peu face aux intérêts qu’il dérange.
La formule du communiqué est lapidaire : « L’impunité est une invitation à recommencer. » Elle résume le danger : un crime non sanctionné en annonce un autre.
La précarité, autre forme de bâillon
Le REPAC pointe aussi une violence moins spectaculaire, mais tout aussi redoutable : la misère économique. Quand un patron de presse ne peut plus payer ses journalistes, c’est l’indépendance éditoriale elle-même qui vacille. Un journaliste qui ne mange pas est un journaliste vulnérable, donc influençable. Cette précarité, souligne le réseau, est « elle-même une forme d’atteinte » à la liberté d’informer.
Trois sommations
Le réseau adresse des demandes précises à trois destinataires. À la justice, il exige que les procès pour crimes contre les journalistes aillent à leur terme, « sans ingérence ». Car, tranche-t-il, « il n’y a pas de liberté de presse sans justice ».
Au gouvernement, il réclame l’application effective de la Convention collective des journalistes, une hausse de l’aide à la presse, un accès équitable à la publicité publique et la dépénalisation des délits de presse au profit de la procédure civile, afin que la prison cesse de planer sur les plumes. Aux patrons de presse eux-mêmes, il demande plus de solidarité, de professionnalisme et de protection des rédactions. Un appel à l’introspection qui ne ménage pas la profession.
Un jour de mémoire, une exigence de résultats
En ce jour dédié aux journalistes tombés pour avoir simplement fait leur travail, le REPAC réaffirme son engagement : « défendre la liberté, exiger la justice, refuser l’impunité. » La phrase finale du communiqué claque comme un réquisitoire : « Aucun journaliste ne devrait mourir pour une information. Aucun bourreau de la liberté ne devrait dormir tranquille. »
Reste désormais aux autorités de répondre. Car les communiqués et les journées commémoratives ne ressuscitent personne : seules des condamnations, des réformes et une protection réelle des journalistes pourront briser le cycle de l’impunité.
Edwige Christine Mekoui
