La semaine dernière, RSF publiait les portraits des 14 journalistes actuellement détenus en Arabie saoudite. Aujourd’hui, notre attention se porte sur Turki al-Jasser, dernier journaliste exécuté dans le royaume après sept années d’emprisonnement arbitraire. Son cas illustre une nouvelle fois la répression brutale qui s’abat sur toute voix libre dans un pays où le simple exercice du journalisme peut devenir un crime passible de la peine capitale.

Un journaliste exécuté pour avoir fait son métier

Turki al-Jasser n’était pas un activiste armé, ni un terroriste. Il était journaliste. Son seul tort ? Avoir couvert des sujets considérés comme sensibles par les autorités saoudiennes, notamment les droits des femmes et la cause palestinienne. Le 15 mars 2018, les forces de sécurité ont fait irruption à son domicile avant de l’emmener vers un lieu de détention inconnu. Pendant des années, son sort est resté incertain, au point que beaucoup le croyaient mort.

Le 14 juin 2025, le ministère saoudien de l’Intérieur a finalement annoncé son exécution, sans fournir de détails sur les charges retenues contre lui ni sur les conditions de son procès. Une opacité caractéristique du système judiciaire saoudien, où les procès inéquitables et les condamnations à mort pour des motifs politiques sont monnaie courante.

L’Arabie saoudite, championne des exécutions et ennemie de la liberté de la presse

Selon le dernier rapport d’Amnesty International (2024), l’Arabie saoudite est le pays qui applique le plus la peine de mort au monde, loin devant la Chine ou l’Iran. Les journalistes, militants et dissidents y sont particulièrement visés. Le royaume occupe la 162e place du Classement mondial de la liberté de la presse 2025, ce qui en fait l’un des pires environnements pour les médias.

Dans ce contexte, les journalistes locaux subissent une surveillance constante, y compris à l’étranger. Les médias saoudiens, tous étroitement contrôlés par l’État, ne s’écartent jamais de la ligne officielle. L’autocensure est la règle, même sur les réseaux sociaux, où la moindre critique peut valoir des années de prison.

Actuellement, 14 journalistes croupissent derrière les barreaux en Arabie saoudite, souvent sans accès à un avocat ni à un procès équitable. Parmi eux, des figures comme Raif Badawi, condamné à 10 ans de prison et 1 000 coups de fouet pour avoir défendu la liberté d’expression, ou les femmes journalistes emprisonnées pour avoir milité en faveur des droits humains.

Le spectre de Jamal Khashoggi et l’impunité saoudienne

L’exécution de Turki al-Jasser rappelle un autre crime emblématique : l’assassinat de Jamal Khashoggi, journaliste saoudien tué et démembré en octobre 2018 dans le consulat d’Istanbul. Un rapport des Nations unies avait conclu à une exécution extrajudiciaire impliquant directement l’État saoudien. Pourtant, malgré les preuves accablantes, Riyad a échappé à toute sanction internationale significative.

Aujourd’hui, le meurtre de Turki al-Jasser confirme que l’Arabie saoudite continue de réprimer impunément toute voix dissidente. Le royaume, pourtant partenaire stratégique de nombreux pays occidentaux, reste un État où la liberté d’expression n’existe pas.

Que peut faire la communauté internationale ?

Face à cette situation, les organisations de défense des droits humains appellent à une réaction ferme :

  • Sanctions ciblées contre les responsables de ces exécutions.
  • Pression diplomatique pour exiger la libération des journalistes détenus.
  • Suspension des ventes d’armes aux pays qui bafouent les droits fondamentaux.

Mais tant que les puissances occidentales continueront de privilégier leurs intérêts économiques et géopolitiques au détriment des droits humains, l’Arabie saoudite restera un bourreau en toute impunité.

Turki al-Jasser est mort pour avoir fait son métier. Combien d’autres devront payer le prix du silence avant que le monde n’agisse ?

Emmanuel Ekouli

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