À Etoudi, ce 15 avril, la République a fait ce qu’elle sait faire de mieux : sourire, applaudir… et espérer que ça passe. Sauf que cette fois, ce n’était pas un invité ordinaire. Pape Léon XIV n’est pas venu bénir les petits fours. Il est venu faire quelque chose de beaucoup plus dangereux : dire la vérité… avec un langage que personne ne peut censurer.
On attendait un discours diplomatique
On a eu une messe de requiem pour les illusions nationales.
Quand il parle de “briser les chaînes de la corruption”, certains ont cru à une métaphore biblique Non. C’était une description clinique.
Le plus cruel dans cette histoire, ce n’est pas ce qu’il a dit. C’est la manière.
Pas de cris. Pas d’attaques. Pas de noms.
Juste assez de vérité pour que chacun se reconnaisse…et fasse semblant de ne pas comprendre
“Gouverner, c’est servir.”
À ce moment précis, on aurait pu entendre une mouche demander l’asile politique.
Le Saint-Père a aussi parlé de paix.
Pas la paix qu’on proclame à coups de communiqués recyclés.
Pas la paix des statistiques arrangées.
La paix qui commence là où le mensonge s’arrête. Autant dire : terrain miné.
Et puis il y a cette chose insupportable qu’il a osé faire : respecter le peuple camerounais. Oui, vous avez bien lu.
Il a parlé de citoyens intelligents, capables de participer, de jeunes porteurs d’avenir,
de société civile utile…Bref, tout ce que certains préfèrent éviter de remarquer.
Pendant ce temps, en coulisses :
– les stratèges cherchent encore “ce qu’il a vraiment voulu dire”
– les communicants préparent déjà la version édulcorée
– et les opportunistes recyclent la parole papale en slogan de campagne
La routine
Mais le problème est plus grave. C’est que ce discours a fait tomber un mythe : on peut dire la vérité au Cameroun… à condition de venir du Vatican.
Alors on applaudit. On sourit.
On dit “merci Saint-Père”.
Et demain ? On retourne aux mêmes pratiques, avec un supplément de bénédiction.
Soyons honnêtes : ce pays ne manque ni de diagnostics, ni de sermons, ni même de gifles. Ce qui manque, c’est la mémoire après l’impact.
Car oui, appelons les choses sans hypocrisie : Ce qui s’est passé à Etoudi n’était ni une visite de courtoisie, ni un échange diplomatique. C’était une correction. Propre. Silencieuse.
Et parfaitement incomprise par ceux qui en avaient le plus besoin.
Ce n’est pas un discours religieux.
Ce n’était pas un message diplomatique.
C’était un miroir brutal tendu à la Scandalousie. Et cette fois, ce n’est ni l’opposition, ni la diaspora, ni un journaliste qu’on peut faire taire.
C’est Rome qui parle.
Reste une seule inconnue : La gifle réveillera-t-elle… ou servira-t-elle simplement de fond sonore aux applaudissements
Charles Chacot Chimé au palais d’Étoudi
