Dans l’État du Borno, une nouvelle attaque meurtrière pousse des milliers de Nigérians à fuir vers le Cameroun, laissant une ville fantôme et une région au bord du gouffre.

KERAWA, Nigéria – Dans la nuit de jeudi, les cris de « Allahu Akbar » ont une nouvelle fois couvert les bruits de la vie à Kerawa. Cette ville frontalière nigériane, autrefois vivante, n’est plus aujourd’hui qu’un champ de ruines fumantes, abandonnée à la terreur de Boko Haram. Une attaque d’une violence inouïe a contraint des milliers d’habitants à un exode précipité, fuyant pour sauver leur vie vers le Cameroun voisin ou la capitale régionale, Maiduguri.

Le témoignage d’Abubakar, recueilli au téléphone, résume l’horreur et l’urgence de la situation. « Je n’avais d’autre choix que de fuir au Cameroun », a-t-il déclaré, la voix brisée par l’épuisement et la peur. « Les habitants ont pris place à bord de camions pour trouver refuge de l’autre côté de la frontière, tandis que d’autres ont couru vers Maiduguri. » Une scène de chaos devenue malheureusement familière dans cette région meurtrie par plus d’une décennie d’insurrection.

La revendication par les flammes

Comme pour sceller leur victoire, les insurgés de Boko Haram ont rapidement revendiqué l’assaut. Dans une vidéo de propagande glaçante, diffusée sur les canaux habituels, on peut voir des combattants, silhouettes dansantes devant un brasier infernal, incendier la caserne locale. Leurs chants de « la victoire appartient à Dieu » résonnaient tandis que les flammes, avalant le symbole de l’autorité de l’État, illuminaient le ciel nocturne d’une lueur apocalyptique.

Sur le terrain, le constat est sans appel. « Kerawa était désertée. Boko Haram contrôle la ville », a confirmé Dauda Hassan, un autre survivant qui a réussi à trouver refuge à Pulka, une ville voisine où des troupes sont stationnées. Ses mots peignent le portrait d’une communauté déracinée, d’une vie anéantie.

Un bilan humain insoutenable

Cette attaque n’est pas un incident isolé, mais le dernier épisode sanglant d’une campagne de terreur systématique. Un bilan effroyable vient rappeler l’ampleur de la tragédie qui se joue dans l’ombre : selon des rapports locaux et internationaux, au moins 7000 chrétiens ont été tués par Boko Haram et son rival dissident, l’État Islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP), au cours des neuf derniers mois seulement. Parallèlement, rien qu’au cours des six derniers mois, environ cinq mille personnes ont été contraintes de se déplacer vers le Cameroun, alourdissant le fardeau humanitaire dans la région.

L’assaut contre Kerawa fait suite de près à celui du 19 septembre contre Banki, une autre ville frontalière stratégique. Lors de cette attaque, les combattants avaient envahi une caserne militaire, forcé les soldats à une retraite humiliante et saisi un important arsenal.

L’appel désespéré à l’aide

Face à cette recrudescence des violences, les appels à l’aide se font de plus en plus pressants. Yakubu Mabba Ali Kirawa, chef du groupe de développement de la ville, a lancé un cri d’alarme pour un renfort militaire urgent. Il a révélé une situation sécuritaire catastrophique : depuis le retrait d’une force militaire multinationale à la suite d’une attaque en août, les milices locales et les habitants désemparés sont devenus les seules forces de sécurité face à la machine de guerre de Boko Haram.

Alors que Kerawa brûle et que ses habitants errent sur les routes de l’exil, la communauté internationale reste silencieuse. La question qui se pose aujourd’hui n’est plus de savoir comment arrêter l’avancée de l’insurrection, mais qui, enfin, entendra l’appel au secours étouffé dans les larmes et la fumée de l’État du Borno.

Ndongo Tsala Christophe

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