Le tribunal de première instance de Mfou a rendu, ce mardi 21 avril 2026, un verdict qui a fait l’effet d’une bombe dans le paysage médiatique camerounais. L’artiste musicien de bikutsi Saint Désir Atango, de son vrai nom Atangana Atangana Désiré, a été reconnu coupable d’inceste et de pratiques de sorcellerie sur ses filles et condamné à cinq ans d’emprisonnement ferme. L’une de ses filles, l’aînée, mère d’un enfant né de cette relation incestueuse, a également écopé de trois ans de prison ferme.
Des aveux publics et des faits d’une rare gravité
L’affaire avait éclaté au grand jour il y a plusieurs mois, après la publication par l’artiste lui-même de messages sur les réseaux sociaux. Se présentant comme un « animiste fondamentaliste », Saint Désir Atango y revendiquait des relations sexuelles avec ses propres filles, justifiant ces actes par une prétendue nécessité spirituelle pour « libérer l’Afrique ». Il y affirmait également être le père de l’enfant de son aînée, suscitant une indignation nationale immédiate.
La plainte a été déposée par la mère des jeunes femmes, qui dénonçait un climat d’emprise psychologique mêlé à des pratiques occultes au sein du foyer. À l’audience, l’une des filles a d’ailleurs affirmé avoir agi sous la contrainte permanente de son géniteur, renforçant la dimension coercitive du dossier.
Un verdict lourd de conséquences
Pour le tribunal de Mfou, les charges d’inceste, réprimées par l’article 361 du Code pénal camerounais, ont été clairement établies. La relaxe a été prononcée pour une autre fille en raison de l’absence de preuves suffisantes de sa participation active. Mais la décision la plus déchirante concerne la jeune mère, qui, en plus de sa propre peine de trois ans de prison ferme, devra purger sa peine avec son nourrisson, un bébé né des actes incestueux.
À l’issue de l’audience, l’ambiance était lourde. Le silence de la plaignante et de sa fille libérée, visiblement éprouvées, contrastait avec le tumulte médiatique qu’a généré l’affaire ces derniers mois. La ministre de la Promotion de la Femme et de la Famille, Marie-Thérèse Abena Ondoa, avait fermement condamné les agissements de l’artiste, tandis que Me Alice Nkom avait exigé des poursuites exemplaires.
Au-delà du procès, un trauma familial et national
Au-delà de l’aspect judiciaire, ce drame expose les failles profondes de la protection de l’enfance et l’emprise parfois mortifère des dérives mystiques au Cameroun. Il met également en lumière le parcours d’un chanteur populaire des années 1990, qui avait troqué les rythmes entraînants du bikutsi pour un discours messianique glaçant.
Le verdict de Mfou met un terme à la séquence pénale de cette affaire aux allures de tragédie antique, mais la reconstruction psychologique des victimes ne fait que commencer, tout comme le nécessaire débat sur la prévention de ces violences intrafamiliales.
Tchodjou Paul Laurent
