À l’approche de la COP30, à Bélem, au Brésil, Marie Claire Ntsama, négociatrice climat et défenseure des droits des femmes, prépare le lancement du programme WOCA (Women and Climate Action). Dans cet entretien, elle partage ses perspectives sur les défis et les opportunités dans la lutte contre le changement climatique, en mettant l’accent sur l’importance de l’égalité des genres et de l’autonomisation des femmes soutenues par le programme WOCA qu’elle coordonne.
WOCA se lance officiellement à la COP30 : quel message fort souhaitez-vous transmettre à la communauté internationale ?
Notre message est clair : la lutte contre le changement climatique ne peut être efficace sans une action résolue sur les questions de genre. Les femmes, en particulier les jeunes filles et les femmes des communautés vulnérables, sont à la fois les plus touchées et les actrices clés des solutions durables. Nous appelons à un engagement mondial renforcé pour une justice climatique inclusive, centrée sur l’autonomisation des femmes, la protection de leurs droits et un soutien adapté pour construire une résilience réelle face aux crises climatiques.
Comment les femmes africaines, notamment celles des zones rurales, transforment-elles leur vulnérabilité climatique en leviers d’adaptation et de résilience ?
Les femmes africaines jouent un rôle crucial dans la gestion durable des ressources naturelles, le maintien de la biodiversité et l’agriculture climato-intelligente. Face aux aléas climatiques, elles adoptent des pratiques telles que la diversification des cultures, l’utilisation de semences résistantes, la restauration des sols et la gestion efficace de l’eau. Elles mobilisent également les savoirs ancestraux et les réseaux communautaires pour renforcer la solidarité et l’échange d’informations.
Le lien entre violences basées sur le genre (VBG) et changement climatique est encore peu exploré. Pourquoi est-il crucial de le visibiliser aujourd’hui ?
Le dérèglement climatique exacerbe les risques de violences faites aux femmes et aux filles. Les événements climatiques extrêmes engendrent des déplacements forcés, une insécurité alimentaire et économique accrue, autant de facteurs qui augmentent la vulnérabilité des femmes aux agressions, exploitations sexuelles, violences conjugales et traite. Visibiliser ce lien est indispensable pour que les politiques climatiques intègrent une dimension de justice sociale et de protection contre les VBG.
WOCA prévoit une campagne de sensibilisation autour de 7 jours d’action contre les VBG en contexte climatique : pouvez-vous nous en dévoiler les grandes lignes et les objectifs ?
La campagne vise à renforcer la prise de conscience sur le lien crucial entre VBG et impacts du changement climatique. Les objectifs sont de faire reconnaître officiellement ce lien, mobiliser les communautés pour prévenir et réduire les violences en contexte de crise climatique, promouvoir une approche intégrée de la justice sociale et climatique, et influencer les engagements politiques aux niveaux national et international.
Quels types de partenariats sont essentiels pour amplifier l’impact de WOCA ?
Les partenariats institutionnels avec les ministères, les agences des Nations Unies et les institutions régionales africaines sont cruciaux. Les partenariats communautaires avec les leaders locaux et les organisations féminines sont également essentiels pour assurer la pertinence et l’efficacité des programmes. Enfin, les partenariats médiatiques permettent de diffuser largement les messages et de mobiliser le grand public.
Dans un contexte où les financements climatiques restent souvent aveugles au genre, quelles recommandations portez-vous ?
Il est essentiel d’intégrer systématiquement le genre dans tous les projets climatiques, de renforcer les capacités des femmes bénéficiaires et de créer des mécanismes dédiés de financement pour les organisations féminines et communautaires. La participation des femmes dans les instances décisionnelles en matière de financement climatique doit être garantie pour que leurs voix et réalités soient prises en compte.
Quels témoignages ou récits de terrain vous ont particulièrement marquée ?
Les témoignages de femmes leaders communautaires et d’agricultrices qui mettent en œuvre des techniques agroécologiques pour s’adapter aux changements climatiques sont particulièrement inspirants. Ils montrent que les femmes sont des actrices clés de la résilience climatique et que leur autonomisation est essentielle pour une adaptation efficace.
Comment les participants à la COP30 peuvent-ils concrètement s’engager aux côtés de WOCA ?
Les participants peuvent soutenir la visibilité et la reconnaissance de la dimension genre dans les négociations et politiques climatiques, collaborer avec WOCA pour co-créer des programmes de terrain et participer activement aux panels et campagnes de sensibilisation organisés par WOCA. Ils peuvent également promouvoir et relayer les actions de WOCA sur les plateformes sociales et médiatiques internationales.
Propos recueillis par Baltazar Atangana
