Un protocole d’entente historique a été scellé le 29 octobre 2025 entre la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS) et la Délégation générale à la sûreté nationale (DGSN). Objectif affiché : traquer les employeurs récalcitrants qui privent leurs salariés de protection sociale en ne versant pas leurs cotisations. Désormais, tout dirigeant débiteur envers la CNPS risquera de se voir refuser un passeport ou interdire de sortie du territoire .
Un dispositif digital et coercitif inédit
Pour garantir l’efficacité de ce dispositif, les deux institutions s’appuient sur leurs avancées en matière de digitalisation. Un « couloir digitalisé » permettra à la police nationale de consulter en temps réel la situation des employeurs dès qu’ils formuleront une demande de passeport ou tenteront de quitter le Cameroun. « Si vous n’êtes pas conforme, soit vous n’aurez pas de passeport, soit vous ne pourrez pas sortir du territoire », a averti Mekulu Mvondo Akame, directeur général de la CNPS . Cette mesure s’appuie sur l’article 7 du décret présidentiel de juin 2021, qui prévoit le refus de passeport aux personnes endettées envers le Trésor ou les organismes sociaux .
Une réponse à un problème structurel
Le Cameroun fait face à un endettement massif des employeurs envers la CNPS. Sur 30 000 entreprises enregistrées dans sa base, seules 7 000 sont à jour de leurs cotisations sociales. La dette, estimée à 60 milliards de XAF en 2016, a grimpé à 201 milliards fin 2020, privant près de 16 000 assurés de leurs droits sociaux . Face à l’échec des programmes de recouvrement classiques, l’État durcit le ton. « Pour préserver les droits des citoyens, il nous faut contrôler les employeurs qui ne reversent pas les cotisations », a justifié le directeur de la CNPS .
Une alliance stratégique pour moderniser la gouvernance
Au-delà de l’aspect répressif, cet accord vise à instaurer une culture de civisme social et à moderniser les mécanismes de redistribution des ressources. Martin Mbarga Nguélé, Délégué général à la Sûreté nationale, a réaffirmé l’engagement de son institution à accompagner la CNPS : « Si on peut sécuriser les droits de nos citoyens, je crois que ce serait une très bonne chose » . Cette collaboration illustre la volonté des autorités de bâtir un système de protection sociale plus transparent et équitable, en s’appuyant sur l’interconnexion des administrations .
Perspectives et réactions
Les observateurs saluent une avancée majeure, mais soulèvent des défis. D’une part, le système exclut encore les travailleurs du secteur informel, qui représentent une part importante de l’économie camerounaise . D’autre part, sa réussite dépendra de la rigueur de son application. Toutefois, en associant directement l’accès aux documents de voyage au respect des obligations sociales, le Cameroun envoie un signal fort : la protection des travailleurs devient une condition non-négociable de la liberté de circulation des employeurs.
Emmanuel Ekouli
