Dans une démarche visant à concilier développement industriel et préservation de l’environnement, le ministre de l’Environnement, de la Protection de la Nature et du Développement Durable (MINEPDED), Hele Pierre, a annoncé le déploiement prochain des Comités Départementaux de Suivi des Plans de Gestion Environnementale et Sociale (CDSPGES). Ces assises, qui se tiendront du 11 au 13 mars 2026, concerneront onze départements clés du Cameroun.

C’est une opération de grande envergure qui s’apprête à être menée sur le terrain. Alors que le Cameroun poursuit sa marche vers l’émergence, la question de l’impact des activités humaines sur l’écosystème reste au cœur des préoccupations des pouvoirs publics. Pour s’assurer que les projets industriels, miniers ou d’infrastructures ne se transforment pas en bombes à retardement écologiques, le gouvernement met en place un dispositif de contrôle rigoureux : les sessions des Comités Départementaux de Suivi de la mise en œuvre des Plans de Gestion Environnementale et Sociale (CDSPGES).

L’annonce a été faite cette semaine par le ministre Hele Pierre. Pendant trois jours, du 11 au 13 mars 2026, les projecteurs seront braqués sur onze départements jugés névralgiques du territoire. Seront ainsi concernés par ce déploiement stratégique le Mfoundi, qui abrite la capitale politique Yaoundé, le Wouri, poumon économique du pays avec la ville de Douala, mais aussi le Diamaré (dans l’Extrême-Nord) ou encore la Sanaga-Maritime (Littoral), une zone fortement sollicitée pour ses ressources naturelles et ses chantiers énergétiques.

Des préfets en première ligne

La particularité de ces sessions réside dans leur ancrage local. Placées sous l’autorité des Préfets, elles ne se contenteront pas d’un simple exercice administratif. Elles constituent un mécanisme de contrôle participatif essentiel. L’objectif est clair : vérifier que les promoteurs de projets (usines, carrières, plantations agro-industrielles, barrages, etc.) respectent scrupuleusement les engagements environnementaux et sociaux qu’ils ont pris lors de l’obtention de leur permis ou de leur autorisation d’exploitation.

Il s’agit d’examiner, preuves à l’appui, si les mesures de réduction de la pollution, de gestion des déchets, de reboisement ou de compensation des populations déplacées sont effectivement mises en œuvre. « Un Plan de Gestion Environnementale et Sociale, ce n’est pas un simple document administratif destiné à dormir dans un tiroir. C’est une feuille de route contraignante. Ces comités sont là pour s’assurer que la lettre et l’esprit de ce plan sont respectés sur le terrain », souligne-t-on au MINEPDED.

Dialogue et réparation : placer le citoyen au cœur du dispositif

Mais au-delà de l’aspect technique et coercitif, ces assises de mars visent à instaurer un dialogue permanent et apaisé. En réunissant autour d’une même table les responsables d’installations classées, les services déconcentrés de l’État et, surtout, les populations riveraines, le gouvernement entend promouvoir une gouvernance environnementale transparente.

Trop souvent, les tensions naissent d’un manque de communication entre les industriels et les communautés locales qui subent au quotidien les nuisances (pollution sonore, dégradation des pistes, poussières, assèchement de points d’eau). Les CDSPGES deviennent ainsi une tribune où les citoyens peuvent faire entendre leurs griefs et où les industriels doivent rendre des comptes.

« Ces sessions sont un cadre de règlement des conflits et de prévention des crises », explique une source proche du dossier. Elles permettent de trouver des solutions consensuelles, d’ajuster certains processus et, le cas échéant, de constater les manquements pour déclencher des sanctions ou des mises en demeure.

Un signal fort pour le développement durable

En facilitant cette concertation directe, le gouvernement Hele Pierre réaffirme sa volonté de ne pas sacrifier l’équilibre écologique sur l’autel de la croissance économique. Il s’agit d’un signal fort envoyé aux investisseurs : au Cameroun, la rentabilité ne peut plus se faire au détriment de l’environnement et du bien-être des populations.

Cette dynamique s’inscrit dans la droite ligne de la Stratégie Nationale de Développement (SND30), qui fait de la gestion durable des ressources naturelles un pilier de la transformation économique du pays. Pour les communautés locales, c’est l’assurance que leurs droits sont protégés. Pour les générations futures, c’est la promesse que le patrimoine naturel du Cameroun ne sera pas dilapidé.

Alors que le compte à rebours est lancé avant l’ouverture de ces travaux, les regards se tournent désormais vers les onze départements concernés. Les préfets, garants de la bonne tenue des débats, auront la lourde tâche de faire de ces rencontres un véritable outil de développement durable et de paix sociale.

Paul Laurent Tchodjou

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