À quelques jours de son 41ème anniversaire, le RDPC s’apprête à défiler au pas cadencé derrière son leader. Mais derrière les affiches calligraphiées et les promesses de « consolidation », c’est l’image d’un système politique à bout de souffle que le régime s’échine à vouloir polir. Comment croire encore à la « force » d’un mouvement dont le dernier fait d’armes électoral, en octobre 2025, a plongé le pays dans le deuil et la honte ?

Le 24 mars 2026, au stade omnisports de Yaoundé comme dans les fiefs du parti, on battra le rappel des militants. On ressortira les pagnes aux effigies du leader, on psalmodiera les louanges d’usage. Le thème officiel, comme une litanie martelée par le Secrétaire Général du Comité Central, est celui de la « consolidation de la force du Parti derrière son Président National, S.E. Paul BIYA ».

Mais à force de parler de « force », ne sommes-nous pas en train d’assister à l’aveu d’une faiblesse ? Celle d’un homme, Paul Biya, 93 ans, dont le visage fatigué sur les affiches contraste violemment avec l’urgence des défis qui assaillent le Cameroun. Et surtout, comment ne pas voir dans cette « remobilisation stratégique » la tentative désespérée de faire oublier la tache indélébile qui souille cette énième réélection ?

Le prix du sang d’une victoire fantôme

Car il faut le rappeler, alors que le RDPC se prépare à célébrer sa longévité et une « victoire » à la présidentielle d’octobre 2025, la mémoire du pays saigne encore. Ce scrutin, dont les résultats ont été proclamés dans l’opacité la plus totale, a été émaillé de violences ayant causé la mort de plusieurs dizaines de Camerounais.

Des jeunes gens abattus dans les rues de Douala pour avoir osé défier un couvre-feu imposé à la hâte, des opposants brutalisés dans les régions anglophones, des familles plongées dans le désespoir pendant que les cadres du parti sabraient le champagne au Palais des Congrès. C’est sur ce terreau maculé de sang que le RDPC entend « consolider sa force ». C’est avec cette macule que le Secrétaire Général ose ériger ce bilan funèbre en « socle pour les futures ambitions politiques du pays ».

Comment ne pas voir l’indécence d’une telle posture ? Le parti au pouvoir semble croire que le temps et les communiqués triomphants suffiront à laver l’affront fait à la démocratie et à la vie humaine. Mais le Cameroun n’a pas oublié. Et cette célébration du 41ème anniversaire a des allures de bal des vampires, une danse macabre sur un cimetière à ciel ouvert.

Le mythe de la remobilisation ou l’art de l’autosatisfaction

La circulaire du Secrétaire Général, dans un exercice de novlangue politique rodé, nous rebat les oreilles avec des concepts devenus vides de sens : « réflexion prospective », « responsabilisation des jeunes et des femmes », « ouverture vers de nouvelles figures », « diversité sociologique ».

Mais de quelles « nouvelles figures » parle-t-on, lorsque le sommet de l’État est verrouillé par une gérontocratie qui confisque le pouvoir depuis quatre décennies ? De quelle « responsabilisation des jeunes » s’agit-il, quand la principale perspective offerte à la jeunesse camerounaise est l’émigration clandestine, le chômage de masse ou l’enrôlement forcé dans des milices pour un conflit que le pouvoir est incapable de résoudre ?

L’appel à une « discipline de fer » pour les prochaines échéances législatives et municipales n’est pas un programme politique. C’est un ordre. C’est la voix d’un appareil qui ne sait plus convaincre et qui se prépare donc à contraindre. L’inscription massive sur les listes électorales n’est pas présentée comme un acte citoyen, mais comme une technique pour renforcer la « ceinture de sécurité institutionnelle » autour du régime. Le message est clair : il ne s’agit pas de choisir des représentants compétents, mais de bâtir un rempart pour protéger le chef et son clan.

Une mécanique grippée par l’histoire

Le RDPC se présente comme le « bras séculier du progrès et de la stabilité nationale ». L’ironie est amère pour un pays que l’on dit « Cameroun en miniature » tant il est riche, mais qui est devenu l’un des géants de la pauvreté et de l’instabilité chronique.

Pendant que le parti s’apprête à célébrer, les hôpitaux manquent de médicaments, les routes se délitent, et les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, abandonnées à elles-mêmes, continuent de saigner dans l’indifférence quasi-totale des « barons » du régime. Le thème de la « Grandeur et de l’Espérance », slogan éculé du chef de l’État, sonne comme une insulte aux oreilles des populations qui vivent au quotidien le délabrement avancé de l’État.

Alors que le RDPC souffle ses 41 bougies, il incarne moins la continuité rassurante d’une nation qu’l’archétype du parti unique déguisé en démocratie de façade. Sa « force » n’est qu’une question de moyens coercitifs. Sa « remobilisation » n’est qu’une tentative de colmater un navire qui prend l’eau de toutes parts.

Ce 24 mars 2026, ce n’est pas un anniversaire que le Cameroun va célébrer, mais bien la persistance d’une anomalie politique. Pendant que les officiels danseront au son des orchestres payés par les fonds publics, le pays réel, lui, pleure ses morts, enterre ses espoirs et attend, avec une résignation mêlée de colère, que le rideau tombe enfin sur cette longue, trop longue, nuit de pouvoir.


Emmanuel Ekouli

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