Yaoundé, 25 avril 2026 – Alors que le monde célèbre la 19ᵉ Journée mondiale de lutte contre le paludisme, le Cameroun a franchi un cap décisif. Ce matin, à Yaoundé, le ministre de la Santé publique, le Dr Malachie Manaouda, a officiellement lancé la toute première Semaine nationale de lutte contre le paludisme. Une initiative historique qui marque le passage d’une logique de contrôle endémique à une stratégie d’élimination, portée par le Plan stratégique national 2024-2028.

Les chiffres, quoiqu’en amélioration, rappellent l’urgence. En 2025, le Cameroun a enregistré plus de 1 100 décès liés au paludisme, malgré une baisse significative de 37 % de la mortalité par rapport aux années précédentes. « Derrière chaque chiffre, il y a une vie camerounaise, un enfant, une mère. Nous ne pouvons pas nous contenter de progrès partiels », a martelé le Dr Manaouda devant les acteurs de santé, partenaires internationaux et représentants communautaires réunis au palais des congrès.

L’objectif affiché du nouveau plan est sans appel : réduire de 75 % la morbidité et la mortalité palustres d’ici fin 2028. Pour y parvenir, le gouvernement déploie une riposte combinée inédite. D’abord, l’introduction du vaccin antipaludique dans le calendrier élargi de vaccination, ciblant les enfants dans les zones à forte transmission. Ensuite, la distribution massive et gratuite de moustiquaires imprégnées d’insecticide à longue durée d’action, avec une attention particulière pour les régions du Nord et de l’Est, les plus vulnérables. Enfin, la mesure phare : la gratuité des soins pour les moins de cinq ans dans tous les hôpitaux publics et centres de santé intégrés.

« Aujourd’hui, nous avons les outils. Le vaccin, les moustiquaires, les tests rapides et les combinaisons thérapeutiques efficaces. Ce qui nous manque, c’est l’extension de leur accès à chaque Camerounais. Cette semaine nationale est un électrochoc citoyen », a insisté le ministre.

Pourtant, l’ambition se heurte à une réalité comptable. Le financement nécessaire à la mise en œuvre complète du plan stratégique accuse un déficit criant de 260 milliards de FCFA. Ce trou abyssal menace la continuité des distributions et la couverture vaccinale. Par ailleurs, la résistance croissante des parasites aux traitements de première ligne, observée dans certaines sous-régions d’Afrique de l’Ouest, inquiète les épidémiologistes camerounais. Le Dr Manaouda l’a reconnu : « La résistance est une épée de Damoclès. C’est pourquoi nous renforçons simultanément la surveillance et la recherche. »

L’Organisation mondiale de la santé (OMS), représentée à cette cérémonie, a salué l’initiative. Dans un message lu par son bureau-pays, l’institution affirme que le Cameroun dispose désormais d’une feuille de route « réaliste et taillée pour l’impact ». Mais l’OMS met en garde : sans un sursaut de financement de la part des bailleurs et du secteur privé national, l’objectif de réduction de 75 % restera hors de portée.

Face aux défis, le ministre de la Santé a martelé sa conviction : « L’élimination du paludisme au Cameroun n’est plus une question de science ou de technologie. C’est une question de volonté politique et communautaire. » Il a appelé les gouverneurs, les maires, les chefs traditionnels et les associations à faire de cette semaine un point de bascule. Des caravanes de sensibilisation, des portes ouvertes dans les formations sanitaires et des distributions gratuites de moustiquaires sont prévues dans les dix régions.

En rebaptisant cette semaine « Tous unis contre le paludisme », le gouvernement espère créer une dynamique irréversible. Le Dr Manaouda a conclu son discours par un avertissement sans détour : « Les outils sont là. Le plan est prêt. L’heure n’est plus aux discours, mais aux actes. Chaque acteur, du parent à l’agent de santé, doit se sentir responsable. Mettre fin au paludisme ici et maintenant : c’est possible. À nous de le vouloir collectivement. »

Reste à savoir si la volonté politique saura mobiliser les 260 milliards manquants et surmonter les résistances biologiques. En attendant, cette première Semaine nationale pose un jalon historique dans la lutte contre ce qui reste la première cause de consultation médicale au Cameroun.

Ndongo Tsala Christophe

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