Ils étaient réunis ce mercredi 25 mars 2026 dans la salle de conférences de la Cameroon Baptist Convention Health Services à Yaoundé. Membres de la Commission Nationale pour la Protection de l’Enfance en danger moral, délinquante ou abandonnée, partenaires sociaux, tous ont planché sur un thème qui, à lui seul, résume l’immensité du désastre : « Stratégies de prise en charge des enfants en danger moral : rôles des acteurs ».

Une fois de plus, la ministre des Affaires Sociales, Pauline Irène Nguene, a présidé une cérémonie d’ouverture. Une fois de plus, les discours ont célébré l’introspection, la clarification des responsabilités, la coordination renforcée. Une fois de plus, on a parlé de « réflexion stratégique » et « d’évaluation de l’efficacité des interventions ».

Mais pendant que ces bonnes âmes réfléchissent, combien d’enfants, au Cameroun, continuent de dormir sur le béton froid des trottoirs de Douala et Yaoundé ? Combien de petites filles sont livrées chaque nuit au marché sordide de la prostitution, faute d’un toit et d’une famille protectrice ? Combien de garçons, abandonnés par un système qui les a oubliés avant même leur naissance, tombent dans les filets des réseaux de délinquance, faute d’avoir jamais rencontré une main tendue plutôt qu’un poing ?

Le gouvernement camerounais, par la voix de ses ministères, excelle dans l’art de la communication solennelle. On ouvre des sessions, on nomme des commissions, on produit des « stratégies ». Mais sur le terrain, la réalité est une insulte permanente à ces déclarations d’intention. Le « rôle des acteurs » ? Il est depuis longtemps éviscéré par l’absence criante de moyens, par une bureaucratie qui étouffe les initiatives locales, et par une vision qui, visiblement, place l’enfant au dernier rang des priorités nationales.

Où sont les structures d’accueil d’urgence ? Où est la politique de prévention qui ne se limite pas à quelques affiches lors des journées commémoratives ? Où est la volonté politique de s’attaquer aux racines du mal : la pauvreté massive, l’éclatement des familles, l’impunité des prédateurs qui exploitent la vulnérabilité infantile ?

Cette énième session de la Commission est, en réalité, le miroir de l’impuissance d’un État qui, depuis des décennies, préfère la vitrine des discours à l’action de terrain. Pendant que la ministre préside, les enfants meurent en silence. Pendant qu’on « clarifie les responsabilités », les acteurs de terrain – associations, organisations religieuses, simples citoyens – se démènent avec des bouts de ficelle pour pallier l’absence scandaleuse de l’État.

Le gouvernement n’a pas de politique claire de soulagement des souffrances. Il a une politique de l’apparence. On multiplie les comités, on alourdit les processus, on noie la détresse dans des concepts creux de « coordination » et de « mécanismes opérationnels ». Pendant ce temps, l’enfant camerounais, lui, n’attend pas. Il souffre aujourd’hui. Il est abandonné aujourd’hui. Il bascule dans la délinquance ou la détresse aujourd’hui.

Nous disons solennellement : assez de ces comédies institutionnelles. Assez des sessions qui ne débouchent sur rien. Le peuple camerounais exige des actes. Des places dans des centres d’accueil, des programmes de réinsertion dignes de ce nom, des politiques sociales qui ne se résument pas à des effets d’annonce. Tant que le gouvernement camerounais fera de la protection de l’enfance un sujet de colloque plutôt qu’une urgence nationale absolue, il portera la responsabilité morale et historique de chaque enfant perdu, abandonné ou broyé par un système qui a cessé de croire en son propre devoir de protection.

Ce 25 mars 2026, Yaoundé a encore une fois servi de théâtre à une mascarade. Les enfants, eux, n’étaient pas à la conférence. Ils étaient dans la rue. Et ils y resteront.

Emmanuel Ekouli

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