Il m’est encore impossible de réaliser. Hier, ton nom circulait dans nos rédactions comme une signature familière, presque évidente. Aujourd’hui, il est gravé dans le marbre d’un faire-part, et mon cœur, lui, est scellé dans une peine que les mots ne suffisent pas à porter.

C’est par ces mots, chargés d’une douleur aussi profonde que sincère, qu’un de ses confrères et amis a tenu à rendre hommage à Samy Zato, figure discrète mais essentielle du paysage médiatique camerounais, disparu subitement. Le vide laissé par son départ est à la mesure de la constance avec laquelle il a, pendant vingt-cinq ans, arpenté les couloirs des rédactions et les sentiers parfois escarpés du reportage.
Samy, “le garçon trop tranquille”. Celui qui traversait les salles de rédaction surchauffées sans faire de bruit, sans chercher les projecteurs. Pendant un quart de siècle, il a été de toutes les aventures, de toutes les couvertures, de tous les moments de doute et de fierté collective. “Des salles de rédaction surchauffées aux reportages dans les coins les plus reculés du Cameroun, tu étais là, avec ton calme infaillible et ton regard bienveillant”, se souvient son frère de cœur.
Car pour ses proches, Samy n’était pas qu’un collègue fiable. Il était le pilier silencieux sur lequel on pouvait toujours s’appuyer. Il ne voulait rien d’autre que “sa pitance quotidienne, ce salaire modeste gagné à la sueur de sa plume”. L’ambition, chez lui, n’était pas personnelle ; elle était collective. Sa passion chevillée au corps n’avait d’égale que son humilité. “À tes côtés, j’ai appris le sens véritable de l’humilité. J’ai appris l’abnégation dans l’effort, cette manière que tu avais de travailler sans relâche, sans jamais te plaindre, sans jamais revendiquer la gloire.”

À bientôt Samy…
Les témoignages affluent depuis l’annonce de sa disparition, brutale, incompréhensible. Ils disent tous la même chose : sa chaleur humaine, sa discrétion, cet amour discret qu’il distillait autour de lui sans jamais l’imposer. Son nom restera à jamais associé à un pan entier de la presse privée camerounaise, dont il a contribué à écrire les pages les plus authentiques, loin des bruits et de la fureur du monde.
Il quitte cette terre “sur la pointe des pieds, comme tu y as vécu”, loin du “monde de violence et de violants” auquel il opposait sa plume paisible et rigoureuse. “Cette terre qui ne t’a fait aucun cadeau mais à qui tu as tout donné, surtout ta passion.”
Aujourd’hui, à lui les fleurs. À nous, les pleurs et ce vide immense. Bonne route, Samy Zato. La tienne fut droite et digne.
Emmanuel Ekouli
