Une étude menée par WOCA- Women and Climate Action dans six pays d’Afrique centrale et de l’Ouest révèle que 93,3 % des organisations féminines sont exclues du financement climatique. Pourtant, ces réseaux et ces associations sont en première ligne de la résilience. Tour d’horizon avec Baltazar ATANGANA, l’expert genre et changement climatique ayant supervisé cette recherche.

Pourquoi 93,3 % des organisations féminines n’ont pas accès au financement climatique malgré leur rôle majeur ?
Tout d’abord, il faut rappeler que ce chiffre est le résultat de l’étude régionale que nous avons menée avec WOCA entre octobre 2025 et mars 2026 auprès de plus de 100 associations de femmes et de filles via 16 réseaux d’associations dans 6 pays, notamment le Bénin, le Mali, la RDC (Nord-Kivu), le Cameroun, le Congo et le Sénégal. Il traduit une réalité structurelle dans laquelle les mécanismes des bailleurs sont calibrés pour des projets de plusieurs millions, portés par des institutions déjà accréditées, avec des procédures longues et des exigences techniques qui excluent de fait les petites associations féminines. Pourtant, ces organisations sont au cœur de la résilience climatique. Elles reboisent, elles forment les femmes rurales, elles expérimentent des solutions d’adaptation, mais elles restent invisibles dans les circuits officiels. L’exclusion n’est pas liée à leur capacité d’agir, mais à la rigidité des mécanismes financiers qui ne reconnaissent pas la valeur des projets communautaires à petite échelle.

Quel est l’objet spécifique de cette étude et quelles sont vos attentes en tant qu’expert ayant supervisé ce travail ?
En tant qu’expert ayant supervisé cette étude pour le WOCA, mon objectif était de produire un outil interne servant de point de départ opérationnel. L’étude documente la contribution réelle des organisations féminines et, dans le même temps, leur exclusion quasi totale des financements climatiques. Mon attente est que ce travail permette au WOCA de mener un plaidoyer structuré, d’influencer les politiques publiques au niveau local, notamment au Cameroun, et régional aussi ( Afrique centrale et de l’ouest), et d’interpeller les bailleurs sur la nécessité d’adapter leurs mécanismes. Je souhaite que cette analyse ne reste pas un rapport figé mais devienne un levier pour transformer les constats en engagements concrets. Les organisations locales ne demandent pas une assistance, elles demandent des instruments souples qui leur permettent de définir leurs propres projets et d’en valoriser les résultats.

Quelle recommandation vous semble la plus urgente à mettre en œuvre ?
La priorité est la création d’un fonds régional dédié genre-climat. Ce fonds devrait être accrédité auprès du Fonds Vert pour le Climat et du Fonds pour l’Environnement Mondial, mais il doit aussi rechercher une autonomie financière qui le rende moins dépendant des financements extérieurs. Il pourrait développer des pôles nationaux qui facilitent l’implication des organisations locales. Avec des enveloppes de 10 000 à 100 000 euros, des procédures simplifiées et un accès direct, ce mécanisme flexible et souple permettrait de débloquer rapidement la situation. WOCA, via cette étude, a montré que ce type de financement correspond exactement aux besoins des projets communautaires. Mettre en place ce fonds, c’est donner de l’oxygène aux initiatives locales, reconnaître la place des femmes et des filles dans la gouvernance climatique et envoyer un signal fort aux bailleurs. La résilience se construit dans les villages, avec des moyens adaptés et accessibles.

Propos recueillis par Agnès Cyrille Nkolo

Spread the love

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *