On aime souvent croire que les divisions naissent spontanément. Qu’un peuple se déchire parce qu’il serait naturellement incapable de vivre ensemble. C’est faux.
Les gens ne se demandent presque jamais pourquoi des peuples ayant vécu côte à côte pendant des décennies peuvent, du jour au lendemain, apprendre à se méfier les uns des autres. Comme si la méfiance collective tombait du ciel.
Non. La haine ne tombe presque jamais du ciel. Elle s’installe. Elle s’entretient. Elle se diffuse.
Avant les fractures visibles, il y a toujours un travail invisible : celui des mots, des récits, des peurs qu’on installe lentement dans les esprits. Une blague méprisante ici, une rumeur répétée mille fois là, un message partagé sans vérification, un discours qui oppose subtilement « eux » et « nous ». Puis, à force d’être banalisée, la division finit par paraître normale.
Aucun peuple ne se réveille un matin avec la haine comme réflexe naturel. On la banalise. On la normalise. Puis on finit par croire qu’elle a toujours existé.
Le plus inquiétant n’est pas seulement l’existence des discours de division. Le plus inquiétant, c’est lorsque des citoyens ordinaires deviennent, sans toujours s’en rendre compte, les relais d’un poison qui les dépasse.
On nous pousse parfois à voir un voisin comme un adversaire, une communauté comme une menace, une différence comme un danger. Pourtant, les difficultés que vivent les Camerounais dépassent largement les appartenances ethniques, régionales ou linguistiques.
Un pays ne s’effondre pas seulement quand ses institutions faiblissent. Il commence à se fragiliser lorsque ses citoyens cessent de se reconnaître un destin commun.
Cela ne signifie pas qu’il faut taire les injustices, les frustrations ou les désaccords. Au contraire. Une nation mûre affronte ses problèmes avec vérité et courage. Mais transformer chaque débat en affrontement identitaire est un piège dont personne ne sort gagnant.
La vigilance citoyenne commence par un geste simple : refuser d’être manipulé. Vérifier avant de partager. Réfléchir avant de réagir. Écouter avant de condamner.
Car au fond, une question mérite d’être posée : qui gagne réellement lorsque les Camerounais se méfient les uns des autres ?
Un nouveau Cameroun n’est pas une illusion. C’est un choix. Et ce choix commence par la lucidité.
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Charles Chacot Chimé
