Un compromis tripartite scellé à Addis-Abeba, sous l’égide de l’Union africaine, referme définitivement l’un des plus anciens différends frontaliers d’Afrique centrale.
Addis-Abeba, 28 juillet 2026 – Une page de l’histoire diplomatique de l’Afrique centrale s’est tournée mardi au siège de l’Union africaine (UA) à Addis-Abeba. Quatorze mois après l’arrêt historique rendu par la Cour internationale de Justice (CIJ), le Gabon et la Guinée équatoriale ont signé un accord d’engagement conjoint pour la mise en œuvre de la décision du principal organe judiciaire des Nations Unies.
Cet accord tripartite, paraphé en présence du ministre équato-guinéen des Affaires étrangères, Simeón Oyono Esono Angue, du président du Conseil constitutionnel gabonais, Dieudonné Aba’a Owono, et du président de la Commission de l’Union africaine, Mahamoud Ali Youssouf, définit les frontières terrestres et maritimes entre les deux pays ainsi que la souveraineté sur les îles Mbañe (Mbanié), Conga et Cocoteros (Cocotiers).
Un arrêt définitif de la CIJ
Le 19 mai 2025, la CIJ avait rendu un arrêt sans recours et obligatoire pour les Parties, tranchant un différend qui empoisonnait les relations bilatérales depuis 1972. Saisie par un compromis signé à Marrakech le 15 novembre 2016, la Cour était appelée à déterminer si les titres juridiques invoqués par les deux États faisaient droit concernant la délimitation de leurs frontières et la souveraineté sur les îlots.
Par quatorze voix contre une, les juges de La Haye ont écarté l’argument central du Gabon, estimant que la « convention de Bata » de 1974 ne constituait pas un traité faisant droit ni un titre juridique. La souveraineté sur les trois îlots a été attribuée à la Guinée équatoriale, héritière des droits administrés par l’Espagne sur le fondement de la Convention franco-espagnole de 1900.
Des enjeux stratégiques majeurs
Bien que Mbanié ne couvre qu’une trentaine d’hectares et que Cocotiers et Conga soient de simples îlots, ces territoires situés dans la baie de Corisco revêtent une importance stratégique cruciale. Leur position dans une zone maritime susceptible de receler d’importantes réserves de pétrole et de gaz en fait un enjeu économique de premier plan.
L’incertitude juridique qui a gelé pendant un demi-siècle l’attribution de blocs pétroliers dans cette zone est désormais levée. C’est désormais à partir des îles, dont la souveraineté est reconnue à la Guinée équatoriale, que sera calculée la délimitation maritime et le partage des futurs permis d’exploration.
Un mécanisme de suivi sous égide africaine
L’accord signé à Addis-Abeba ne se contente pas d’entériner la décision de la CIJ. Il prévoit un cadre concret pour sa mise en œuvre, notamment le retrait des troupes gabonaises stationnées sur l’île, la démarcation des frontières terrestre et maritime, ainsi qu’un mécanisme de suivi. Un comité technique conjoint, supervisé par la Commission de l’Union africaine et son envoyé spécial, encadrera les opérations dans la durée.
Réactions et perspectives
Pour les autorités équato-guinéennes, cet accord règle « de manière définitive » un contentieux qui empoisonnait les relations entre les deux voisins. La délégation gabonaise a salué l’ouverture d’« une nouvelle ère de coopération » avec la Guinée équatoriale, une source à la présidence gabonaise y voyant « une volonté commune de transformer une décision judiciaire internationale complexe en une feuille de route diplomatique maîtrisée ».
Le président de la Commission de l’UA, Mahamoud Ali Youssouf, a estimé que la résolution de ce litige frontalier « qui n’a que trop duré » constituait une victoire pour la diplomatie africaine et le règlement pacifique des différends.
Ce règlement illustre le recours croissant des États africains aux mécanismes de justice internationale, avec l’appui de l’Union africaine, pour résoudre leurs contentieux et renforcer la stabilité régionale.
Emmanuel Ekouli
