Le ministère de la Communication remet la question du dépôt administratif des publications sur la table. Dans un communiqué signé le 8 septembre 2026, René Emmanuel Sadi rappelle aux organes de presse une obligation légale trop souvent négligée, tout en annonçant une innovation censée faciliter sa mise en œuvre.

Une obligation ancienne, un respect défaillant

Le texte du Ministre s’appuie sur l’article 16 de la loi n° 90/052 du 19 décembre 1990 relative à la communication sociale, qui impose à tout organe de presse le dépôt de deux exemplaires signés de chaque parution, au plus tard deux heures après sa sortie. Cette formalité, qui existe depuis plus de trois décennies, vise à permettre à l’administration de disposer d’une traçabilité fiable des contenus publiés et d’exercer, le cas échéant, son contrôle de légalité.
Or, selon le communiqué ministériel, les services compétents constatent un non-respect récurrent de cette exigence, et ce malgré des rappels réguliers adressés à la profession. Cette situation semble perdurer indépendamment des mises en garde successives, ce qui a conduit la tutelle à formuler un nouveau rappel, cette fois assorti d’un avertissement plus explicite.

Des sanctions prévues par la loi

Le ministre de la Communication a en effet tenu à rappeler que la violation de cette obligation expose les contrevenants aux pénalités et sanctions prévues par l’article 70 de la même loi. Si le communiqué ne détaille pas la nature exacte de ces sanctions, sa formulation laisse entendre que l’administration entend désormais se montrer moins tolérante face aux manquements constatés. Après plusieurs vagues de rappels restées sans effet suffisant sur les pratiques du secteur, le ton adopté par la tutelle traduit une volonté de fermeté renouvelée.
Cette fermeté annoncée intervient dans un contexte où le paysage médiatique camerounais continue de se diversifier, avec une multiplication des titres et des supports, rendant d’autant plus complexe, pour l’administration, le suivi exhaustif des parutions par les seules voies traditionnelles.

Une réponse à la dématérialisation de la presse

C’est précisément sur ce terrain que le Ministère innove. Conscient de l’essor des modes de distribution électronique des journaux, le communiqué annonce le déploiement opérationnel d’un mécanisme de dépôt dématérialisé, spécifiquement destiné aux productions électroniques. Les éditeurs concernés pourront ainsi transmettre leurs parutions numériques via une adresse électronique dédiée, mise en place à cet effet par les services du Ministère.

Cette évolution répond à une réalité désormais incontournable : un nombre croissant de titres de presse, journaux en ligne et plateformes d’information n’existent plus, ou plus seulement, sous forme imprimée. Le dispositif traditionnel de dépôt physique, pensé à une époque où la presse écrite dominait largement le secteur, trouvait ses limites face à cette mutation numérique. En ouvrant une voie dématérialisée, l’administration entend adapter le cadre réglementaire aux pratiques contemporaines du secteur, sans pour autant renoncer à l’exigence de fond que constitue le dépôt lui-même.

Ce nouveau canal se veut complémentaire, et non substitutif, aux modalités déjà en vigueur pour la presse imprimée. Les éditeurs de journaux papier demeurent donc tenus au dépôt physique de deux exemplaires signés, dans le délai réglementaire de deux heures suivant la parution.

Un appel à la responsabilité des professionnels

Au-delà du seul rappel réglementaire, le communiqué du Ministre de la Communication se veut également un appel à la responsabilité collective des acteurs du secteur. René Emmanuel Sadi invite ainsi l’ensemble des professionnels de la presse à se conformer strictement à cette obligation, présentée comme une condition essentielle du bon fonctionnement du secteur de la communication sociale.

Le membre du Gouvernement prévient toutefois que la persistance des manquements contraindra son administration à appliquer la rigueur de la loi. Une formule qui, si elle reste mesurée dans sa forme, n’en dessine pas moins un avertissement sans ambiguïté à l’endroit des éditeurs qui continueraient à s’affranchir de cette formalité.
Reste à savoir si la mise en place de ce nouveau canal dématérialisé suffira à inverser une tendance install durablement dans les pratiques du secteur, ou si les prochains mois verront l’administration effectivement mettre en œuvre les sanctions annoncées.

Emmanuel Ekouli

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