Le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, et le ministre par intérim des Mines, le Professeur Fuh Calistus Gentry, ont présenté ce mercredi 15 juillet 2026 le « nouveau visage reluisant » du secteur minier camerounais. L’exercice de style, tenu à l’auditorium du MINCOM, visait à convaincre de l’entrée effective du pays en 2025 dans le cercle des producteurs miniers, grâce à cinq grands projets. Mais derrière les chiffres et les obligations techniques, la realpolitik du sous-sol camerounais rappelle que l’écart entre l’annonce et la réalité minière reste un art national.
Les cinq projects qui doivent tout changer
Pour le gouvernement, le tournant est historique. Le professeur Fuh Calistus Gentry a listé les fleurons de cette nouvelle ère : les mines de fer de Bipindi-Grand-Zambi et de Kribi-Lobé, la bauxite de Minim-Martap dans l’Adamaoua, le marbre de Bidzar et l’or de Colomine. Des projets portés par des investisseurs parfois étrangers, parfois locaux, comme G-Stone Resources, entreprise 100 % camerounaise qui a inauguré sa mine de fer en septembre 2025 et revendique déjà plus de 600 000 tonnes de minerai extraites. Les chiffres sont impressionnants : 150 millions de tonnes de réserves, 65 % du projet réalisé, un objectif de 7 millions de tonnes par an à l’horizon 2027.
Pourtant, la prudence reste de mise. Le projet de bauxite Minim-Martap, porté par l’australien Canyon Resources, affiche des avancées mais demeure encore en phase de développement. Quant à la mine d’or de Colomine, si elle produit, la Société nationale des mines (Sonamines) n’a prélevé que 1,2 kg d’or en 2025, une goutte d’eau dans les ambitions affichées. Et sur le marbre de Bidzar, l’État attend toujours sa part.
Une restructuration du secteur aurifère sur le papier
L’annonce la plus frappante concerne la restructuration du secteur aurifère, adossée au nouveau Code minier. Le gouvernement a déroulé un arsenal de mesures qui ferait pâlir n’importe quel technocrate : caution environnementale obligatoire de 63 millions de FCFA par site, nationalisation des titres exigeant 51 % de capital camerounais, fiscalité stricte (impôt synthétique libératoire de 25 %, droits de sortie de 5 %, 1 % pour le fonds de politique minière). S’y ajoutent des seuils minimaux de production mensuelle (5 kg pour 15 bôles, 7 kg pour 20, 10 kg pour 30) et l’obligation absolue de migrer vers un système de traitement en vase clos dans un délai de six mois.
Sur le papier, le dispositif est impressionnant. Mais dans les faits, la mise en œuvre ressemble à un parcours du combattant. Dès février 2026, le ministre Fuh Calistus Gentry a retiré une soixantaine d’autorisations d’exploitation, prétextant le non-paiement de la caution environnementale. Résultat : le Trésor public a perdu 3,6 milliards de FCFA, correspondant aux cautions déjà versées par les opérateurs et déposées dans le compte unique de l’État. Certains exploitants dénoncent une forme de « chantage », estimant avoir été invités à payer puis sanctionnés.
L’or qui s’envole, l’État qui encaisse… ou pas
Le gouvernement justifie cette rigueur par l’ampleur de la contrebande. Les données de l’ITIE sont édifiantes : les douanes camerounaises n’ont déclaré que 22,3 kg d’or exportés en 2023, tandis que les Émirats arabes unis en ont importé 15,2 tonnes en provenance du Cameroun la même année. Plus de 90 % de l’or produit échapperait au circuit officiel. Face à cet hémorragie, la fermeté affichée par le ministre peut se comprendre.
Mais la méthode interroge. Les exploitants dénoncent des délais trop courts, des exigences disproportionnées pour des activités souvent précaires, et une administration qui promet la traçabilité sans toujours offrir les moyens d’y parvenir. Le ministre les avait réunis le 15 janvier 2026 pour leur accorder trois mois de mise en conformité. Certains s’étaient exécutés, versant les 63 millions exigés. Ils ont vu leurs permis retirés quelques semaines plus tard.
Entre volontarisme et scepticisme légitime
À l’auditorium du MINCOM, l’exercice de communication a atteint son but : donner le sentiment que l’État reprend la main sur ses richesses. « Restaurer l’autorité de l’État et garantir que les richesses du sous-sol profitent aux Camerounais », a résumé le ministre. Une formule qui sonne bien, mais que les opérateurs sur le terrain, englués dans les lourdeurs administratives et les revirements brutaux, peinent à entendre.
Le gouvernement camerounais maîtrise l’art de l’annonce. Reste à transformer l’essai sur le terrain, là où les bôles tournent, où l’or s’envole et où les cautions s’évaporent dans les caisses de l’État. Le « nouveau visage » du secteur minier camerounais est encore en chantier. Et les Camerounais, qui ont vu tant de projets promis puis enterrés, savent que la pompe médiatique ne fait pas toujours bon ménage avec la réalité du sous-sol.
Edwige Christine Mekoui
