Pionnière de l’engagement citoyen et environnemental en Afrique centrale, Dre Eulalie Patricia Essomba fait du cacao, ce « trésor brun » longtemps exporté brut, un outil d’éducation, de souveraineté et de cohésion sociale. Autour de l’Association Jeunesse Citoyenne Africaine pour la Paix et le Développement Durable et du GIC Transpat, elle porte un projet d’écomusée pédagogique qui veut transmettre aux jeunes toute la chaîne de transformation, de la fève au produit fini.

Une pionnière qui relie paix et territoire

Chez Patricia Essomba, l’engagement environnemental et l’engagement citoyen ne se séparent pas. Son action se déploie au Cameroun, à travers l’Association Jeunesse Citoyenne Africaine pour la Paix et le Développement Durable et le GIC Transpat. Sa conviction est que les tensions naissent de la pauvreté et de l’exclusion, et qu’on les désamorce en offrant aux jeunes une formation, un revenu et un patrimoine commun à valoriser. « La paix passe par l’inclusion, et le cacao devient ici un catalyseur d’unité et de développement », résume-t-elle.

Un écomusée pour raconter la fève

Le projet d’écomusée pédagogique donne à cette conviction un lieu. Il doit faire du cacao « un véritable outil éducatif, économique et culturel ». Ateliers pratiques, visites guidées, incubateurs de projets et formations accompagnent les jeunes à chaque étape. Le GIC Transpat transforme déjà le cacao en poudre, en beurre, en chocolat artisanal, en cosmétiques bio et en boissons alcoolisées et non alcoolisées. Ces produits sont exposés et vendus sur place, aux côtés de cultures complémentaires comme la banane plantain, le gingembre et divers arbres fruitiers. Chaque produit, dit-elle, raconte « la terre, des savoirs traditionnels et l’innovation africaine ».

Concilier écologie et économie

Le modèle repose sur l’agroforesterie cacaoyère, qui associe arbres fruitiers, légumineuses et cacaoyers pour préserver la biodiversité. Les intrants sont naturels, le compostage est encouragé et les sous-produits sont valorisés pour limiter les déchets. Sur le plan économique, le pari porte sur les circuits courts, la transformation locale et une labellisation éthique et écologique. Cette démarche s’attaque à un travers ancien de la filière, celui d’un cacao exporté brut, dont la valeur ajoutée se crée ailleurs.

Des obstacles assumés, des indicateurs précis

Patricia Essomba ne dissimule pas les difficultés. Le financement et l’accès à des équipements modernes restent le principal frein, auxquels s’ajoutent des résistances culturelles face à l’innovation. Elle y répond par le plaidoyer, l’éducation populaire et la recherche de partenaires sensibles à l’économie verte et solidaire. Le projet collabore déjà avec le Conseil interprofessionnel cacao-café, avec l’International Trade Centre, avec des ONG environnementales et avec des établissements d’enseignement professionnel. Il vise désormais les institutions de recherche, les entreprises éthiques de la filière chocolatière et les bailleurs engagés pour la jeunesse.

Pour mesurer son impact, elle a fixé des indicateurs : nombre de jeunes formés, espaces de vente créés, volumes transformés localement, pratiques agroécologiques adoptées. Elle y ajoute un critère moins comptable, celui de « la transformation des mentalités ».

Le parcours de Patricia Essomba montre comment une filière agricole, bien pensée, peut devenir un espace d’apprentissage et de dialogue. Son message à la jeunesse tient en quelques mots : « Formez-vous, entreprenez, innovez et faites rayonner l’Afrique à partir de ses propres ressources. » Une invitation à faire du cacao, désormais, un levier de dignité plutôt qu’une simple matière première.

Baltazar Atangana

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