Le président de la FIFPRO Afrique juge le plancher salarial actuel « totalement incompatible avec la dignité » d’un joueur professionnel et réclame l’ouverture de négociations collectives.
La condition des footballeurs camerounais revient au centre du débat. Dans une prise de position sans détour, Geremi Njitap, président de la FIFPRO Afrique, a interpellé la Fédération camerounaise de football (FECAFOOT) sur le niveau du salaire minimum applicable aux joueurs professionnels. Selon lui, il est totalement incompatible avec la dignité et le statut d’un footballeur.
Au cœur de sa critique se trouve un chiffre : 75 000 FCFA par mois. « En pratique, 75 000 FCFA par mois ne suffisent pas à faire vivre une seule personne », affirme-t-il. Il rappelle que le joueur doit souvent aussi subvenir aux besoins de sa famille. Une fois le logement et la nourriture payés, il ne reste pratiquement rien pour une alimentation adaptée, le transport vers les entraînements, les soins médicaux ou les urgences familiales.
Pour le responsable, cette précarité pèse directement sur la pratique sportive. Elle plonge les joueurs dans une situation de survie et rend impossible le maintien des conditions physiques et mentales que réclame le haut niveau. Il plaide pour un salaire minimum « juste et durable », qui garantisse un niveau de vie décent et permette aux joueurs de se concentrer pleinement sur leur carrière, sans subir de difficultés financières.
Geremi Njitap conteste aussi la méthode. Les montants ne doivent pas, insiste-t-il, être imposés unilatéralement par la Fédération. Ils doivent être fixés à l’issue de négociations collectives et transparentes, associant les représentants des joueurs. Derrière la question du chiffre se pose celle de la gouvernance : qui décide, et avec qui ?
L’ancien international met également en cause les clubs. Lorsqu’ils ne versent pas les salaires à temps, ou pas du tout, les familles subissent une forte pression financière et les joueurs perdent leur tranquillité d’esprit. Cette instabilité systémique, prévient-il, n’affecte pas seulement le moral. Elle peut aussi rendre les joueurs vulnérables à des influences négatives, notamment les manipulations de matchs. Les organisations de défense des joueurs alertent régulièrement sur ce risque, qui menace l’intégrité même des compétitions.
Le ton se durcit en conclusion. Si la FECAFOOT continue de refuser le dialogue, le Syndicat national des footballeurs camerounais (SYNAFOC) se réserve le droit de prendre toutes les mesures institutionnelles et syndicales nécessaires pour défendre les droits de ses membres. Il pourrait notamment saisir les instances compétentes de la FIFPRO et de la FIFA.
Cette sortie relance un dossier sensible pour le football national. Elle intervient alors que la professionnalisation des championnats reste un chantier ouvert, où la stabilité financière des joueurs est un enjeu autant sportif qu’éthique. Il reste à savoir si la FECAFOOT répondra à l’appel au dialogue ou si le bras de fer se portera devant les instances internationales.
Emmanuel Ekouli
