De la Provence aux villages du Burkina Faso et du Tchad, en passant par le sud marocain, Valérie Passeport a bâti en une quinzaine d’années un réseau solidaire autour de l’ONG Tamounte. Portrait d’une géographe devenue humanitaire de terrain, qui publie aujourd’hui son premier livre.
Tout commence par un voyage scolaire. Professeure de géographie au lycée Saint-Joseph d’Avignon, Valérie Passeport accompagne un groupe de lycéens dans le sud du Maroc, dans le cadre d’une association de développement local. Elle y fonde Tamounte, mot amazigh signifiant « ensemble », séduite par la volonté et l’engagement des habitants qu’elle rencontre. L’association réunit alors élèves, parents d’élèves et enseignants autour d’un projet commun.
Le village de Zaouit Sidi Ahmed, à une heure de piste de Ouarzazate, devient le premier terrain d’action. Ses études de géographie lui permettent d’élaborer un projet de permaculture, en s’appuyant sur le réseau des parents d’élèves pour le financer. Une coopérative locale de production de spiruline voit le jour, avec un objectif simple, générer des revenus stables pour rendre la communauté autonome plutôt que dépendante de l’aide extérieure.

Du Maroc au Sahel, une association qui grandit
Après une décennie d’ancrage marocain, Tamounte élargit son champ d’action vers des zones plus exposées, d’abord le Burkina Faso, puis le Tchad. Le contexte y est autrement plus difficile. Enlèvements et attaques visant les travailleurs humanitaires se sont multipliés dans la région ces dernières années, rendant chaque mission de terrain plus risquée qu’ailleurs.
À Réo, au Burkina Faso, l’association développe des jardins familiaux permettant aux foyers de cultiver poulets, moringa et artemisia pour dégager de petits revenus. La logique reste la même qu’au Maroc, transmettre un savoir-faire plutôt qu’imposer une aide extérieure. Valérie Passeport a d’ailleurs expliqué que l’objectif n’était pas de créer des choses vouées à disparaître après le départ de l’association, mais de travailler en lien étroit avec les chefs de village et les femmes pour que les familles puissent poursuivre seules une fois le projet achevé.
Au Tchad, Tamounte a lancé un programme d’agriculture dans le village de Moulamari, dans la région de Hajer Lamis. Au Burkina Faso toujours, l’association a mis en place ACRENA, un programme de prise en charge de la malnutrition infantile au centre de récupération nutritionnelle de Nayalgué. Une manière de rappeler que, pour Tamounte, la question de la faim ne relève pas seulement du soin médical, mais aussi du développement économique des familles.
Ce travail repose sur un financement participatif, complété par les dons de particuliers et d’entreprises. L’association, régie par la loi 1901, sollicite aussi bien des donateurs individuels que des sociétés en quête d’un engagement solidaire mesurable.

Un livre pour raconter ce qui ne se voit pas
Après quinze années de terrain, Valérie Passeport a choisi de coucher son parcours sur le papier. Son ouvrage, intitulé « Le Gang des Fées », doit paraître prochainement. Le titre rend hommage à celles et ceux qui, en coulisses, permettent aux programmes de Tamounte d’aboutir, bénévoles, donateurs, partenaires techniques, plutôt qu’à elle-même.
Le livre s’annonce comme un témoignage sur les réalités du travail humanitaire au Sahel, loin des récits lissés que l’on associe parfois à ce type d’engagement. Un moyen aussi de faire connaître Tamounte au delà du cercle de ses soutiens habituels, et de financer de nouveaux programmes grâce aux ventes de l’ouvrage.
Ce que retiennent ceux qui suivent son parcours, c’est la constance. Faire de l’humanitaire au Sahel aujourd’hui suppose de composer avec l’insécurité, la chaleur extrême et des moyens toujours limités. Valérie Passeport a choisi d’y rester, en misant sur des projets modestes mais durables plutôt que sur des opérations spectaculaires. Une approche patiente, à l’image de ce mot amazigh qui donne son nom à l’association et qui résume, finalement, toute sa philosophie de travail.
Baltazar Atangana
