Le drame survenu dans la nuit du 14 août 2026 sur l’axe Yaoundé-Bafoussam a conduit le ministère des Transports à prendre des sanctions exemplaires à l’encontre de la compagnie Mangwa Boy. Vitesse excessive, somnolence du conducteur, stationnement dangereux et absence d’équipements de sécurité homologués sont pointés du doigt.

Un choc d’une violence inouïe. Aux alentours de 4 heures du matin, ce vendredi 14 août 2026, un bus gros porteur de l’agence de voyages Mangwa Boy, en provenance de Yaoundé et à destination de la région de l’Ouest, a violemment percuté un camion chargé de planches, immobilisé depuis plusieurs jours sur le bas-côté sans signalisation adéquate, au lieudit Nomalé, dans l’arrondissement de Ndikiniméki. L’impact a déchiqueté les cinq premiers rangs du véhicule. Le pare‑brise a complètement disparu, des sièges ont été pulvérisés, et certaines planches de la cargaison ont traversé l’habitacle.

Le bilan officiel, encore provisoire, est lourd : 16 morts – parmi lesquels le conducteur du bus et sept membres d’une même famille qui se rendaient à des funérailles – et 42 blessés, dont 12 pris en charge sur place et 4 hospitalisés à l’hôpital de district de Bafia. Un bilan qui, selon les autorités, pourrait encore s’alourdir.

Une accumulation de manquements graves

Les premières constatations du ministère des Transports révèlent une succession de facteurs ayant conduit à la catastrophe. Le bus roulait à une vitesse excessive, incompatible avec les conditions de la route à cette heure critique. Le conducteur, dont le permis est aujourd’hui suspendu, aurait été en état de somnolence – le choc ayant eu lieu à 4 heures du matin, moment où la fatigue est maximale. À ces éléments s’ajoute l’absence de dispositifs de sécurité et de surveillance homologués à bord du véhicule. Enfin, le camion, en surcharge, était stationné de manière dangereuse sur la chaussée, sans aucun signalement.

Des sanctions immédiates et sans précédent

Dès le lendemain du drame, le ministre des Transports, Jean Ernest Masséna Ngallè Bibèhè, a signé une décision ordonnant la suspension immédiate des activités de la compagnie Mangwa Boy ainsi que l’immobilisation de l’ensemble de sa flotte. Un audit de conformité complet de l’entreprise va être réalisé pour évaluer le respect de la réglementation en vigueur.

Les sanctions personnelles sont également lourdes. M. Tata Emmanuel, propriétaire de la compagnie, s’est vu retirer sa licence de transport. Le conducteur impliqué dans l’accident écope d’une suspension d’un an de son permis de conduire. Une amende de 5 millions de FCFA a en outre été infligée pour « exercice illégal de la profession de transporteur routier ».

Cette dernière qualification jette une lumière crue sur les conditions d’exploitation de Mangwa Boy. Une enquête diffusée par Canal 2 International révèle en effet que l’agence opérait dans une quasi-clandestinité : pas de point d’embarquement identifié, pas de guichet, pas de service de fret visible. Elle recrutait ses voyageurs par racolage en différents points de la ville, en marge des exigences réglementaires applicables au transport interurbain.

Une campagne de contrôles renforcée jusqu’au 30 septembre

Ce drame intervient alors que les autorités camerounaises mènent une campagne de lutte contre l’insécurité routière à l’approche de la rentrée scolaire. Face à la multiplication des accidents liés au stationnement dangereux, le ministère des Transports annonce l’intensification des opérations de contrôle et d’enlèvement des véhicules concernés du 17 août au 30 septembre 2026 sur l’ensemble des axes majeurs du pays.

Depuis le 1er juin dernier, 35 accidents liés à ce phénomène ont déjà été recensés, et 61 véhicules en infraction ont été identifiés sur les axes Yaoundé–Douala, Yaoundé–Bafoussam et Yaoundé–Bertoua. La nationale N°4, qui relie Yaoundé à Bafoussam, est tristement surnommée « la route de la mort » : en décembre 2020, un accident y avait déjà fait 37 morts.

À travers ces mesures, les autorités appellent les usagers de la route à davantage de vigilance et au strict respect du Code de la route. « La prévention des accidents repose également sur la responsabilité de chacun afin d’éviter de nouvelles tragédies », souligne le ministère. L’enquête officielle, confiée à la police locale, est en cours pour déterminer les responsabilités exactes.


Edwige Christine Mekoui

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