Yaoundé, 21 octobre. Les robes noires s’attendaient à plaider. Elles ont assisté à un renversement de situation. Mercredi, devant la Cour suprême, l’audience censée examiner le pourvoi en cassation d’Edgar Alain Mebe Ngo’o, ex-ministre de la Défense condamné en 2023 à 30 ans de prison pour détournement de fonds, a tourné court. Au moment précis où ses avocats se levaient pour exposer leurs moyens, le collège des juges a tranché : l’affaire est déprogrammée pour réexamen.
« Un vrai coup de théâtre », confie-t-on dans l’entourage de la défense, encore sous le choc. Car cette décision dépasse largement le simple incident de procédure. Elle impose une remise à plat de l’ensemble du dossier qui avait conduit à la condamnation de l’ancien patron de l’armée camerounaise, mais aussi de son épouse et de plusieurs proches collaborateurs, frappés à leur tour de peines de prison.
Pourquoi ce coup de frein à la dernière minute ? Selon plusieurs sources, les magistrats seraient restés troublés par certains points de la procédure. Au cœur de leurs interrogations : les conclusions du parquet sur les rôles respectifs des accusés et sur leurs interactions à l’époque des faits, quand Mebe Ngo’o régnait sur le ministère de la Défense. Autrement dit, qui a fait quoi, avec qui, et sur l’ordre de qui ? Des questions que le premier procès n’aurait manifestement pas suffisamment éclaircies aux yeux de la haute juridiction.
Reste que ce revirement fait jaser dans les couloirs de la justice camerounaise. Pourquoi les juges découvrent-ils ces zones d’ombre au moment où la défense s’apprête à parler ? Et que penser d’une décision rendue sans débat public, sur le seuil même de l’audience ? Elle remet sur la table la question brûlante de l’indépendance des magistrats et de la transparence de la procédure, deux sujets sensibles dans un pays où les grandes affaires de détournement sont régulièrement scrutées à la loupe.
Pour les condamnés, c’est une lueur d’espoir. Pour l’opinion, c’est un nouveau chapitre d’un feuilleton judiciaire qui n’a pas fini de rebondir. Aucune date n’a été communiquée pour la reprise des débats, et l’issue du contentieux reste, à ce stade, totalement en suspens.
Une chose est sûre : à la Cour suprême, le dernier mot n’a pas encore été dit. Et le suspense, lui, est entier.
Emmanuel Ekouli
