L’épouse de l’administrateur directeur général tient les rênes de la Société nationale des hydrocarbures, mais ses appuis se délitent. Pour conserver sa place, elle s’appuie sur une garde rapprochée et restreinte qui s’étend de l’entreprise publique au palais présidentiel.

Nathalie Moudiki n’a pas lâché la barre de la Société nationale des hydrocarbures (SNH). Épouse de l’administrateur directeur général, Adolphe Moudiki, elle exerçait depuis des années sur la maison une influence qui excédait largement ses attributions de directrice juridique. La dégradation de l’état de santé de son mari, alors âgé de 86 ans, a accéléré les choses en avril 2025. Elle a été nommée à un poste de contrôleuse générale, créé sur mesure, qui lui a permis de s’imposer comme l’interlocutrice incontournable d’une institution de plus en plus conduite en son nom.

L’enjeu dépasse le sort d’une dirigeante. La SNH, créée en 1980, gère la part de l’État camerounais dans l’exploitation pétrolière, commercialise ce brut et participe aux contrats avec les opérateurs. Elle alimente ainsi une part non négligeable des recettes publiques. Dans un pays où le déclin des gisements matures et la dépendance aux hydrocarbures pèsent sur les finances de l’État, la direction de l’entreprise est un poste stratégique, à la croisée de l’économie, du renseignement financier et de la politique. Adolphe Moudiki la dirige depuis plus de vingt ans, ce qui a nourri l’image d’une maison aux mains d’un cercle très resserré.

C’est précisément ce cercle que Nathalie Moudiki mobilise aujourd’hui. Pour conserver sa position, elle s’appuie sur une garde rapprochée volontairement restreinte, dont les ramifications vont de l’entreprise publique jusqu’au palais présidentiel d’Etoudi. À la SNH, il s’agit de verrouiller les fonctions sensibles, juridiques, de contrôle et de gestion des flux, afin de maîtriser l’information et les arbitrages. Au palais, il s’agit de maintenir des relais capables de plaider sa cause auprès d’un chef de l’État, Paul Biya, 93 ans, qui règne depuis 1982 et tranche rarement les nominations dans l’urgence.

Mais cet édifice se fissure. Ses soutiens s’effritent, et plusieurs facteurs convergent. D’abord, la fragilité de l’homme qui incarne la SNH installe une échéance que personne n’ignore : la question de la succession d’Adolphe Moudiki est ouverte, et chaque clan, en interne comme à la périphérie du pouvoir, calcule sa position. Ensuite, la concentration des responsabilités entre les mains d’une seule personne, qui cumule l’influence de fait et un titre taillé pour l’occasion, expose la contrôleuse générale aux critiques sur la gouvernance, la transparence et les conflits d’intérêts potentiels. Enfin, dans un contexte de recomposition permanente autour de la fin de règne, les alliances de circonstance sont par nature réversibles.

Cette configuration rappelle un trait structurel du système camerounais : les grandes entreprises publiques sont autant des instruments de gestion que des places fortes, où se négocient des équilibres entre familles politiques, régions et réseaux d’affaires. Le maintien à leur tête de dirigeants très âgés, faute d’arbitrage au sommet, y favorise la montée en puissance de proches, de conjoints ou de collaborateurs de l’ombre, à mi-chemin entre fonction officielle et pouvoir informel.

Reste à savoir si la garde rapprochée de Nathalie Moudiki suffira à la protéger si la succession à la tête de la SNH devait s’accélérer. Sa stratégie, qui consiste à verrouiller les postes clés et à entretenir ses relais à Etoudi, dépend largement d’un statu quo que la santé de son époux et l’âge du président rendent chaque jour moins tenable. L’enjeu pour Yaoundé est d’éviter qu’une bataille d’influence à la SNH ne vienne troubler la gestion d’une ressource dont les finances publiques dépendent toujours.

Tegou Gabriel

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