L’histoire retiendra la date du 17 juin 2024 comme un tournant dans l’administration locale camerounaise. Ce jour-là, devant le tribunal de première instance de Mbanga, neuf agents de la police municipale de Bonaléa ont prêté serment, devenant ainsi la première unité municipale officiellement assermentée du Cameroun, conformément au décret n°2022/354 du 9 août 2022. Un événement qui marque une avancée majeure dans l’application des réformes sécuritaires et qui place la petite commune de Bonaléa sous les feux des projecteurs nationaux.
Une première historique dans le respect strict de la loi
Depuis la signature du décret présidentiel encadrant les fonctions de la police municipale, aucune commune, qu’elle soit grande ou petite, n’avait encore pleinement respecté la procédure légale. Bonaléa brise ce statu quo sous l’impulsion de son maire, Ernest Mpocko, élu en mars 2020.
« Bonaléa est debout. Nous sommes républicains et nous nous conformons au respect de la loi dans toutes nos décisions et activités », a déclaré fièrement le maire Mpocko à l’issue de la cérémonie. « La mise en place, pour la toute première fois dans notre commune, d’une police municipale ne pouvait pas déroger à cette tradition républicaine. Nous avons donc tenu à respecter la loi. »

Tous heureux de prêter serment…
Un processus rigoureux et transparent
La création de cette police municipale n’a pas été improvisée. Comme l’a rappelé Mme le procureur de la République près le tribunal de Mbanga, la procédure a été scrupuleusement suivie :
- Délibération du conseil municipal pour la création de la police.
- Recrutement des agents sur des critères stricts.
- Formation certifiante à l’École Nationale d’Administration Locale (NASLA) de Buéa.
Les neuf agents (dont deux femmes et sept hommes) ont été formés pendant plusieurs semaines sur des thématiques essentielles : maintien de l’ordre public, sécurité urbaine, salubrité, lutte contre la cybercriminalité, police d’hygiène et sécurité alimentaire, ainsi que les droits de l’homme.
Vêtus de leur uniforme réglementaire (chemise violet clair, pantalon violet foncé, casquette violette et rangers noirs), ils ont reçu leur macaron de la NASLA avant de prêter serment.
Un serment solennel devant la justice
Dans une salle d’audience comble, les nouveaux agents ont, l’un après l’autre, prononcé la formule sacrée :
« Je jure de bien et fidèlement remplir ma mission, d’exercer mes prérogatives en toute impartialité dans le respect de la Constitution et des lois de la République, de garantir les droits et libertés des citoyens. »
Le président du tribunal a salué cette initiative et exhorté les agents à être exemplaires, soulignant la différence entre une police formée et assermentée et les « pseudo-policiers municipaux » qui opèrent sans cadre légal dans certaines villes.
Un exemple pour tout le Cameroun
Les félicitations du tribunal ont également été adressées au maire Ernest Mpocko, dont l’engagement pour la légalité pourrait inspirer d’autres communes.
« Nous encourageons les autres maires à suivre cet exemple », a insisté le magistrat. « Il est temps de mettre fin à la présence sur la voie publique d’individus non formés, se réclamant abusivement de la police municipale. »
Quel avenir pour les polices municipales au Cameroun ?
Cette première assermentation ouvre la voie à une standardisation des pratiques dans les 360 communes du pays. Si Bonaléa a montré l’exemple, reste à savoir si les grandes villes comme Douala, Yaoundé ou Garoua emboîteront le pas.
Une chose est sûre : l’ère de l’improvisation est révolue. Désormais, la police municipale camerounaise a un visage – et ce visage porte un uniforme violet, couleur officielle de l’autorité locale.
Bonaléa vient d’écrire une page d’histoire.
Rodrigue Tchokodieu
