À partir du 24 avril et jusqu’au 29 mai 2026, l’ensemble du territoire camerounais sera couvert par le quatrième Recensement Général de la Population et de l’Habitat (RGPH-4). Piloté par le Bureau Central des Recensements et des Études de Population (BUCREP), cet exercice, attendu depuis près de deux décennies, ambitionne de livrer une photographie exhaustive et fiable de la population et des logements, afin de guider les politiques publiques et la planification du développement.
Le Cameroun se prépare à un moment statistique majeur. Après des années de préparation technique et logistique, les autorités ont fixé la période du 24 avril au 29 mai 2026 pour le dénombrement principal du RGPH-4. Cet événement intervient alors que la dernière opération du genre (RGPH-3) remonte à 2005. En vingt et un ans, le pays a connu d’importantes mutations démographiques, économiques et sociales, mais les données disponibles restent largement extrapolées. À titre d’exemple, le site du BUCREP estimait la population camerounaise à 28 856 127 habitants en 2023, un chiffre qui n’a jamais été validé par un comptage exhaustif.
L’enjeu est donc colossal. « Compter pour mieux planifier » résume l’ambition du gouvernement. Les informations récoltées permettront d’orienter les investissements publics dans les services sociaux (écoles, hôpitaux, eau, électricité), d’ajuster les découpages électoraux, et de calibrer les politiques de logement et d’aménagement du territoire. Le RGPH-4 fournira également des données économiques et socioculturelles fines, nécessaires aux programmes de lutte contre la pauvreté et aux objectifs de développement durable.
Pour garantir la fiabilité de l’opération, le BUCREP a mis en place un dispositif rigoureux en plusieurs étapes. La phase de préparation a été suivie d’une cartographie censitaire visant à découper le territoire en unités de dénombrement. Un recensement pilote a ensuite permis de tester les questionnaires, la logistique et la formation des agents. Après cette phase test, le dénombrement principal – qui débutera le 24 avril 2026 – mobilisera des milliers d’agents recenseurs sur l’ensemble des dix régions, des centres urbains denses aux zones rurales les plus reculées.
Une innovation notable est le couplage de cette opération avec le recensement de l’agriculture et de l’élevage, permettant de croiser les données humaines avec la réalité des exploitations agricoles, premier secteur économique du pays.
Après le dénombrement, une enquête post-censitaire sera menée pour évaluer la qualité et l’exhaustivité de la collecte. Viendront ensuite l’analyse approfondie des données puis la diffusion progressive des résultats, dont les premiers chiffres officiels sont attendus dans les mois suivant la fin de la collecte.
Les défis logistiques restent immenses : acheminement du matériel, accessibilité des zones sensibles (régions anglophones en crise, zones d’insécurité dans l’Extrême-Nord), mobilisation des populations souvent méfiantes. Le BUCREP insiste sur la confidentialité des réponses et l’obligation légale pour tout citoyen de se faire recenser.
Alors que le coup d’envoi approche, le RGPH-4 est plus qu’un comptage : c’est une boussole pour le Cameroun de demain. Les yeux sont désormais tournés vers le 24 avril 2026, date à laquelle agents et citoyens écriront, foyer par foyer, la première page d’une nouvelle photographie nationale.
Tchodjou Paul Laurent
