Très attendu le passage de l’ex leader du MRC, porté par le MANIDEM qui avait vu son dossier de candidature rejetée par le Conseil Électorale d’Elecam, une décision qui avait suscité des réactions vives au sein de la communauté nationale et internationale

Yaoundé, le 1er août 2025 – Le Conseil Constitutionnel camerounais a fixé l’audience publique pour l’examen du contentieux relatif aux candidatures pour la présidentielle du 12 octobre 2025. Selon son président, Clément Atangana, cette audience se tiendra dès le lundi 4 août à 10h30 dans la salle d’audience du Palais des Congrès de Yaoundé. Une étape cruciale, puisque le Conseil devra trancher sur la validité des dossiers avant la publication de la liste définitive des candidats.

Parmi les dossiers qui seront examinés, celui de Maurice Kamto, ex-président du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) et candidat porté par le MANIDEM, qui a été invalidé par Elecam le 26 juillet dernier. Une décision qui a relancé le débat sur les conditions d’éligibilité et les enjeux politiques autour de cette élection.

Les raisons de l’invalidation : une bataille juridique et politique

Selon l’ordonnance lu par le président du Conseil Électoral d’Elecam, le dossier de Maurice Kamto a été rejeté pour « pluralité d’investiture». Le MANIDEM, qui soutient sa candidature, dénonce une décision « politique et arbitraire », accusant le pouvoir en place de vouloir écarter un opposant de taille.

Kamto, qui était déjà arrivé second en 2018 avant de contester les résultats de l’élection remportée par Paul Biya, se retrouve cette fois dans une situation juridico-politique complexe. Son camp affirme avoir « respecté toutes les procédures » et promet de « se battre jusqu’au bout », y compris par des recours internationaux si nécessaire.

Réactions immédiates : entre colère et résignation

Dès l’annonce du rejet de sa candidature le 26 juillet dernier, les partisans du MRC et du MANIDEM avaient exprimé leur indignation. Des rassemblements spontanés avaient eu lieu à Douala et Yaoundé, rapidement dispersés par les forces de l’ordre. « C’est une mascarade électorale », avait déclaré un militant du MRC sous couvert d’anonymat. « On veut museler l’opposition pour faciliter la victoire du candidat du régime. »

À l’inverse, des proches du pouvoir estiment que « la loi est la même pour tous » et que même le Conseil Constitutionnel ne fera qu’appliquer les règles en vigueur. « Si un dossier est incomplet, il est normal qu’il soit rejeté », a commenté un membre du RDPC, souhaitant rester discret avant la confirmation officielle par le Conseil Constitutionnel des motifs de rejet si c’était une nouvelle fois le cas.

Quelles conséquences pour la présidentielle ?

L’exclusion de Kamto, si elle est confirmée, pourrait radicaliser une partie de l’opposition. En 2018, son mouvement avait organisé des manifestations massives après l’élection, réprimées dans la violence. Aujourd’hui, certains craignent une nouvelle escalade des tensions, d’autant que d’autres candidats d’opposition, comme Cabral Libii (PCRN) ou Akere Muna (Now!), font également l’objet de contestations.

Par ailleurs, cette décision pourrait renforcer la perception d’un système verrouillé, alors que le Cameroun fait face à de multiples crises (anglophone, sécuritaire dans l’Extrême-Nord, tensions sociales). Pour les observateurs internationaux, la crédibilité du scrutin dépendra en grande partie de la transparence du processus.

Prochaine étape : mobilisation

Kamto et le MANIDEM ont encore une possibilité, mais les chances de succès semblent minces, le Conseil Constitutionnel ayant rarement infirmé les décisions du Conseil Électoral. En parallèle, des appels à la mobilisation citoyenne se multiplient sur les réseaux sociaux, avec des slogans comme « Kamto ou rien » ou « Pas d’élection sans opposition ».

L’audience du 4 août sera donc scrutée avec attention, tant par les acteurs politiques locaux que par la communauté internationale. Dans un contexte où la stabilité du Cameroun est fragile, chaque décision juridique peut avoir des répercussions bien au-delà des salles d’audience.

Un test démocratique pour le Cameroun

Alors que le pays s’apprête à vivre une nouvelle élection présidentielle sous haute tension, l’invalidation de la candidature de Maurice Kamto si elle a lieu posera une fois de plus la question de l’équité du processus électoral. Entre respect des procédures et accusations de partialité, le Cameroun se trouve à un carrefour politique déterminant pour son avenir.

Emmanuel Ekouli

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