Alors que la bataille du budget crispe le paysage politique, un sondage Elabe pour BFMTV et La Tribune Dimanche révèle que le Rassemblement National, porté par Jordan Bardella ou Marine Le Pen, survolerait le premier tour de l’élection présidentielle. Une avance historique qui place la formation d’extrême droite en position de favorite à un an et demi du scrutin.
Le RN, un colosse aux pieds d’argile ?
Si l’élection présidentielle avait lieu ce dimanche, le candidat du Rassemblement National arriverait largement en tête du premier tour avec 35% des intentions de vote, selon le sondage Elabe réalisé les 30 et 31 octobre 2025 auprès de 1.501 personnes. Cette performance, en hausse de 4 points par rapport au précédent sondage d’avril, confirme la dynamique ininterrompue du parti d’extrême droite .
Les deux figures de proue du mouvement réalisent des scores quasi identiques : Jordan Bardella est crédité de 35 à 37,5% des suffrages, tandis que Marine Le Pen, bien que dans l’impossibilité de concourir suite à sa condamnation à cinq ans d’inéligibilité, obtient 34% . Cette domination s’explique par une base électorale élargie : le RN parvient désormais à mobiliser un tiers des retraités, un électorat qui le boudait traditionnellement, tout en conservant son ancrage solide chez les employés et les ouvriers .
La déroute du camp présidentiel
Édouard Philippe, le grand perdant de ce sondage, voit ses intentions de vote s’effondrer à 15,5%, en chute de 5 points depuis avril. L’ancien Premier ministre, qui conserve néanmoins sa deuxième place, paierait cher sa récente demande de démission d’Emmanuel Macron . Selon l’analyse de Bernard Sananès, président de l’institut Elabe, “il n’arrive pas à s’extraire de la critique du macronisme et à montrer qu’il peut incarner le changement” .
Dans le camp présidentiel, Gabriel Attal (12,5%) distance Gérald Darmanin (7%), mais tous deux restent loin derrière la dynamique RN. Le sondage révèle qu’Édouard Philippe ne rassemble que la moitié de l’électorat Renaissance-MoDem-Horizons des législatives de juillet 2024, un signal d’alarme pour la majorité présidentielle .
La gauche et la droite traditionnelle en lambeaux
À gauche, la course est serrée pour la troisième place. Jean-Luc Mélenchon (12,5%) connaît une nette progression (+3 points) et talonne désormais Raphaël Glucksmann (11%) . Le leader de La France insoumise bénéficierait d’une stratégie moins frontale, lui permettant “d’adopter une forme de tonalité différente et moins agressive”, selon Bernard Sananès .
· Raphaël Glucksmann s’impose comme le candidat socialiste le plus crédible, devançant largement Olivier Faure (5,5%) et François Hollande (6,5%) .
· Bruno Retailleau (8%) fait figure de leader fragile à droite, loin derrière Édouard Philippe mais devant Xavier Bertrand (5,5%) et Laurent Wauquiez (3%) .
Un paysage politique redessiné
Ce sondage dessine une recomposition profonde des forces politiques. Le RN, avec plus de 40% des voix si l’on agrège l’ensemble de la droite radicale, crée “une dynamique très forte pour le second tour”, analyse Bernard Sananès . L’écart de 17 points avec son premier poursuivant, Édouard Philippe, atteint un niveau inédit depuis le milieu des années 1980, selon l’Ifop .
À 500 jours du scrutin, la campagne s’annonce comme la plus ouverte de la Ve République. La domination du RN semble incontestable, mais la bataille pour la deuxième place, et donc pour l’accès au second tour, reste entièrement à jouer entre un centre affaibli, une gauche divisée et une droite traditionnelle en quête de repères.
Emmanuel Ekouli
