Yaoundé, 11 novembre 2025 – À la suite des « très hautes instructions » du président Paul Biya, données lors de son discours de prestation de serment le 6 novembre 2025, le ministère de l’Enseignement Supérieur a convoqué d’urgence les recteurs pour une réunion stratégique ce mercredi 12 novembre. La raison ? Redéfinir dans la précipitation les formations doctorales. Cette pratique, devenue une routine au sommet de l’État, illustre une gouvernance à contresens des aspirations du peuple, particulièrement de sa jeunesse.

Un pouvoir sourd aux réalités du terrain

La volonté soudaine de « relance des formations doctorales » et d’« optimisation des Écoles Doctorales » intervient dans un contexte où le système éducatif camerounais lutte pour sa survie. Comment peut-on sérieusement croire qu’une réunion convoquée à la hâte, sommant des responsables de proposer « des propositions concrètes » en quelques heures, puisse répondre aux défis structurels de l’enseignement supérieur ? Cette approche verticale, sans consultation réelle des acteurs de terrain, des chercheurs et des étudiants, est non seulement irrespectueuse, mais contre-productive.

Tableau : Les contradictions du système

Les promonces La réalité du terrain
Relance des formations doctorales Soutenances de thèse maintenues malgré l’absence de moyens, comme celle du 23 mai 2025 à l’Université de Douala
Alignement sur les standards internationaux Blocages chroniques des inscriptions et des financements
Stratégies de financement durable sous-investissement persistant dans la recherche

La jeunesse camerounaise, grande sacrifiée de ces décisions improvisées

Cette nouvelle « urgence » témoigne du mépris d’un système qui a longtemps négligé l’éducation. Dans son discours de prestation de serment, Paul Biya a pourtant réaffirmé son engagement pour « la socio-professionnelle intégration des jeunes » et la « promotion de la recherche » . Mais entre les discours et la pratique, le fossé reste abyssal. Les jeunes Camerounais, diplômés ou en formation, sont les premières victimes de ces décisions prises sans vision à long terme.

La communication gouvernementale voudrait nous faire croire que cette convocation exprime « la volonté ferme de l’État de faire de la recherche et de la formation doctorale un moteur central du développement ». En réalité, elle s’apparente davantage à un coup d’épée dans l’eau, une opération de communication destinée à faire oublier des années de négligence.

Une méthode de gouvernance à l’origine de crises durables

Cette pratique consistant à prendre des décisions unilatérales sans considération pour l’intérêt populaire n’est malheureusement pas nouvelle au Cameroun. L’histoire récente du pays en témoigne amplement. Le conflit de Bakassi est un exemple tragique de décisions imposées sans égard pour les populations concernées. Lorsque la Cour Internationale de Justice a attribué la péninsule au Cameroun en 2002 , le transfert de souveraineté s’est fait sans consulter les habitants qui se considéraient nigérians, déclenchant une insurrection qui dure depuis 2006 .

Les conséquences de cette approche autoritaire sont amères : plus de 50 morts, des milliers de déplacés, et une violence qui persiste jusqu’à aujourd’hui . La même logique semble présider à cette soudaine refonte du système doctoral : on décide en haut, on impose en bas, et on s’étonne que les résultats ne soient pas au rendez-vous.

Refuser la comédie du changement

Il est temps de dénoncer cette mascarade. Les Camerounais ne sont pas dupes de ces annonces tapageuses qui visent davantage à redorer un blason politique qu’à résoudre les vrais problèmes. La jeunesse mérite mieux que des convocations en urgence et des réformes improvisées. Elle mérite une vision claire, des moyens conséquents, et une participation authentique aux décisions qui concernent son avenir.

Le Cameroun a besoin d’institutions stables et transparentes, pas de saupoudrage réformiste dicté par les circonstances politiques. Cessons d’applaudir des messies qui nous offrent en spectacle leurs repentirs administratifs. Exigeons plutôt une gouvernance inclusive, pragmatique et véritablement engagée en faveur du développement humain. L’avenir de la jeunesse camerounaise en dépend.

Emmanuel Ekouli

Spread the love

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *