Yaoundé, 15 novembre 2025 – Le gouvernement camerounais a déposé au Parlement un projet de loi ambitieux visant à encadrer la production biologique, une initiative stratégique pour positionner le pays sur le marché international lucratif des produits biologiques, estimé à 136 milliards d’euros . Cette légulation historique vise à transformer une filière encore largement informelle en un secteur structuré, compétitif et résilient face aux changements climatiques.

Une niche commerciale à fort potentiel

Face à la croissance exponentielle du marché bio mondial, le Cameroun entend saisir cette opportunité pour valoriser ses productions agricoles à l’international. Le projet de loi définit la production biologique comme un système fondé sur des pratiques respectueuses des équilibres naturels, limitant strictement les intrants chimiques de synthèse et excluant les organismes génétiquement modifiés (OGM) .

Le texte cible spécifiquement plusieurs filières clés pour le pays où une production bio informelle existe déjà, notamment le cacao, le café, le coton, le miel, le poivre, ainsi que divers fruits, légumes, produits vivriers et le beurre de karité . L’objectif est de professionnaliser ces secteurs pour améliorer la qualité, la traçabilité et in fine, la rentabilité des produits camerounais.

Au-delà de l’export : résilience climatique et soutien aux petits producteurs

Les bénéfices escomptés vont au-delà de la seule compétitivité à l’export. Le gouvernement met en avant l’adaptation aux changements climatiques comme une motivation essentielle. En encadrant les pratiques agroécologiques, la loi vise à favoriser des techniques culturales plus résilientes. Cette orientation est cruciale dans un contexte où les pertes agricoles liées aux variations climatiques sont chiffrées à 6 710 milliards de FCFA entre 1980 et 2022, soit plus de 24% du PIB national .

Le succès de cette transition reposera en grande partie sur l’accompagnement des petits producteurs, premiers concernés mais souvent les moins outillés. La future réglementation devra s’accompagner de mesures opérationnelles concrètes : renforcement des capacités techniques, accès au financement et appui à la certification .

Les défis de la mise en œuvre : certification et crédibilité internationale

Pour convertir ce potentiel en parts de marché réelles, la loi devra impérativement s’appuyer sur des instruments opérationnels robustes. Parmi les conditions de succès identifiées par les experts :

· L’adoption de normes nationales alignées sur les référentiels internationaux.
· La mise en place de dispositifs de certification et d’accréditation crédibles.
· Le développement de systèmes efficaces de traçabilité et de contrôle public-privé.
· La disponibilité de laboratoires reconnus pour les analyses.

Perspectives : une vision intégrée pour l’avenir agricole du Cameroun

En se dotant d’un cadre légal pour l’agriculture biologique, le Cameroun ouvre une porte stratégique vers une valorisation accrue de son patrimoine agricole. Si les défis de mise en œuvre sont substantiels, cette loi représente une étape cruciale pour diversifier les exportations, renforcer la sécurité alimentaire et bâtir un secteur agricole plus durable et résilient. La mobilisation de tous les acteurs, de l’État aux petits producteurs, sera déterminante pour que le Cameroun puisse pleinement tirer profit de cette “niche commerciale” d’envergure mondiale.

Yimga Senga Paule Sandra

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