Benghazi – Le Commandement général des forces du maréchal Khalifa Haftar, qui contrôle l’Est de la Libye, a annoncé la formation d’une force militaire conjointe avec l’armée tchadienne. Cette nouvelle structure, placée sous la supervision du lieutenant-général Saddam Haftar, récemment promu commandant en chef adjoint, a pour mission de sécuriser la frontière commune, targetant les groupes criminels, les réseaux de contrebande et les bandes armées qui opèrent dans le désert.

Cette initiative vise explicitement à « renforcer la coopération sécuritaire entre la Libye et le Tchad » et intervient dans un contexte régional volatile, marqué par des changements internes au sein de la hiérarchie militaire libyenne et des inquiétudes croissantes à N’Djamena concernant la présence de mouvements rebelles tchadiens dans le sud libyen.

Une nouvelle architecture sécuritaire sous commandement Haftar

La création de cette force conjointe est intervenue peu après une recomposition majeure au sommet de l’armée libyenne. Le 11 août, le maréchal Khalifa Haftar a en effet nommé son fils, Saddam Haftar, au poste de commandant en chef adjoint de l’Armée nationale libyenne (ANL). Cette promotion, perçue par de nombreux observateurs comme une manœuvre visant à consolider l’héritage du maréchal et à préparer sa succession, place Saddam Haftar en position clé pour superviser les dossiers stratégiques, dont la sécurité frontalière.

Selon les médias proches du Commandement général, l’Administration des gardes-frontières et des patrouilles du désert, liée au bataillon « Subul Al-Salam », a été chargée par Saddam Haftar de lancer les opérations de terrain dans le cadre de ce dispositif commun. Des patrouilles conjointes auraient déjà commencé le long de la frontière, selon des déclarations officielles.

Un contexte régional explosif

Cette dynamique de coopération bilatérale répond à plusieurs défis sécuritaires pressants :

· Menaces rebelles au Tchad : Les autorités tchadiennes s’inquiètent régulièrement de l’utilisation du territoire libyen par des factions armées cherchant à se restructurer pour déstabiliser N’Djamena. Cette crainte s’est récemment accentuée avec des rapports de renseignement évoquant des mouvements de groupes, dont le groupe militaire russe Wagner, dans le sud libyen en coordination avec des militants tchadiens.
· Déstabilisation par contrecoup du Soudan : Le conflit qui fait rage au Soudan entre l’armée régulière et les Forces de soutien rapide (RSF) continue de déstabiliser l’ensemble de la région, incitant les États voisins à renforcer leurs dispositifs de sécurité pour prévenir tout débordement. Les affrontements au Soudan ont provoqué la pire crise humanitaire au monde et font peser de graves risques sur la paix et la sécurité régionales, une préoccupation partagée par les puissances internationales.

Les enjeux d’une coopération inédite

La formation de cette force conjointe représente un enjeu crucial pour la stabilité des deux pays. Si elle parvient à endiguer les trafics et à dissuader l’activité des groupes armés, elle pourrait marquer un tournant dans la sécurisation d’une frontière longtemps ingérable. Toutefois, son efficacité réelle reste à démontrer sur le terrain, de même que sa capacité à opérer dans le respect du droit international, alors que Saddam Haftar et les unités qu’il a précédemment commandées font l’objet d’accusations de violations des droits de l’homme par des organisations internationales.

Cette initiative illustre la volonté des autorités de l’Est libyen d’affirmer leur rôle d’acteur sécuritaire majeur dans la région, tout en tentant de répondre aux préoccupations légitimes de son voisin du sud. Le succès ou l’échec de cette collaboration bilatérale sera déterminant pour l’avenir sécuritaire de l’ensemble du Sahel.

Christophe Ndongo Tsala

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